'Association nationale des organismes de réglementation de la pharmacie (ANORP), qui regroupe les ordres professionnels de toutes les provinces canadiennes, a publié au début du mois une déclaration de principe où elle conseille aux pharmaciens de cesser la vente des produits de santé naturels n'ayant pas achevé le processus d'homologation de Santé Canada.

L'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ) a pris le relais, il y a une dizaine de jours. Un «communiqué d'information» a été envoyé à ses 7500 membres, leur recommandant «d'agir avec diligence et de faire le ménage», dixit la directrice générale Manon Lambert. Lundi, celle-ci a précisé au Soleil que l'Ordre donne «un mois ou deux» aux pharmaciens pour se conformer. Les inspecteurs feront ensuite du «renforcement» : ils vérifieront si les produits litigieux ont bel et bien disparu des tablettes.

Mme Lambert avance trois arguments pour justifier cette opération. D'abord, la période transitoire prévue au Règlement sur les produits naturels - datant de 2004 et justement conçu pour séparer le bon grain de l'ivraie en matière de médecine alternative - a pris fin en même temps que l'année 2009.

Théoriquement, la vente de produits de santé naturels ne possédant pas de numéro de produit naturel (NPN) - délivré par Santé Canada aux substances sécuritaires, efficaces et de bonne qualité - est donc interdite au pays. Dans la vraie vie, Santé Canada n'a toutefois jamais montré la porte de sortie aux produits n'ayant pas décroché d'homologation. Encore cet automne, ses porte-paroles répétaient que le règlement ne contenait pas vraiment de date butoir.

Ensuite, l'Ordre des pharmaciens rappelle que près de 40 % des 45 000 produits ayant présenté une demande d'homologation ont été recalés. En date de novembre, environ 18 000 demandes de licence de mise en marché étaient acceptées par Santé Canada, pas moins de 12 600 étaient refusées et 3989 autres avaient été retirées par le fabricant. Et plus de 10 000 dossiers n'avaient toujours pas été traités.

Enfin, «nos pharmaciens sont assujettis à un code de déontologie et ce sont d'abord des professionnels même s'ils ont des activités commerciales», rappelle Mme Lam­bert, qui invoque la protection du public pour retirer des tablettes les substances sans homologation. Dans le but de ne pas heurter ce même public, des vérifications ont été faites afin que les produits les plus populaires soient toujours en vente sous «au moins une» marque de commerce.

Craintes concrétisées

Avec cette prise de position des pharmaciens, les fabricants de produits de santé naturels voient leurs pires craintes se concrétiser. Pendant que Santé Canada répète depuis des mois qu'elle n'a pas l'intention de retirer du marché les retardataires involontaires, voilà que les pharmaciens le font.

Pour l'instant, il n'y a pas d'indications à l'effet que les boutiques de santé naturelle suivront le mouvement, mais Audrey Couture, chef des affaires scientifiques et réglementaires chez Santé naturelle AG (pour Adrien Gagnon), précise que la majorité des produits de santé naturels sont vendus en pharmacie. Environ 35 % des produits de cette seule gamme sont toujours en attente d'un NPN.

«Et il y en a plusieurs là-dedans qui sont des vitamines, par exemple de la vitamine C ou des multivitamines. Ces dossiers n'étaient pas jugés prioritaires car ils ne représentent pas un risque pour la santé», dénonce Mme Couture.

David Pelletier, président de l'Association canadienne de produits de santé naturels, qui regroupe une vingtaine d'entreprises du Québec seulement, voudrait que Santé Canada repousse ce que tous considèrent finalement comme une date butoir, le temps que toutes les demandes en attente soient étudiées. «Il n'y a pas de raisons que le statut de ces produits change du jour au lendemain», dit-il. Santé Canada a toutefois rejeté cette possibilité, lundi.

Un défi sur le terrain

Sur le terrain, même les pharmaciens sont un peu embêtés par la directive de l'Ordre. En l'absence de NPN sur l'emballage, ils doivent vérifier eux-mêmes si le produit est approuvé par Santé Canada en interrogeant les banques de données fédérales ou en contactant les fabricants. Dans certains cas, l'étiquette n'a tout simplement pas été mise à jour. «On encourage nos membres à suivre la directive émise par l'Ordre», précise Vincent Forcier, directeur des affaires publiques de l'Association québécoise des pharmaciens propriétaires. «Mais ce qui nous décourage, c'est que Santé Canada laisse aux détaillants le soin de prendre la décision de vendre ces produits ou pas», dit-il.

source: cyberpresse.ca

Publié par taze