L'homme émet toujours plus de méthane

Le méthane (CH4) est un gaz à effet de serre environ 20 fois plus puissant que le dioxyde de carbone (CO2). Depuis le début de l'ère industrielle, sa concentration atmosphérique moyenne a triplé, mais elle semble se stabiliser depuis le début des années 1990, les émissions dues aux activités humaines ayant tendance à décroître.

Des travaux publiés jeudi 28 septembre dans la revue Nature montrent que les sources anthropogéniques sont à nouveau en hausse depuis 1999. "Selon nos travaux, cette hausse est cependant compensée par la baisse des émissions naturelles imputables aux zones humides et inondées, certaines d'entre elles ayant eu tendance à souffrir de sécheresse ces sept à huit dernières années dans l'hémisphère Nord, explique Philippe Bousquet, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE) et principal auteur de l'étude. Par ailleurs, il semblerait que l'augmentation des sources anthropogéniques soit liée à la croissance de l'activité industrielle en Asie."

De grandes incertitudes demeurent sur le cycle du méthane. Certaines sources naturelles de ce gaz sont encore inconnues et de récents travaux ont suggéré que les végétaux terrestres pourraient en être, contre toute attente, de gros émetteurs.

Le bilan est sombre. L'année 2005 est la plus chaude jamais enregistrée. La température moyenne de la Terre a augmenté de 0,8 ºC en un siècle. A elles seules, les trois dernières décennies ont vu une augmentation moyenne de 0,6 0C, ce qui traduit une inquiétante accélération du processus. L'analyse des sédiments marins du Pacifique équatorial et de l'océan Indien suggère, selon M. Hansen et ses collègues, que les températures actuelles sont dans la fourchette haute de celles qui prévalent depuis le début de l'Holocène, il y a 12 000 ans.

"Jusqu'à présent, personne ne s'était risqué à comparer les températures actuelles avec celles de périodes aussi lointaines, souligne Valérie Masson-Delmotte, chercheur au Laboratoire des sciences du climat et de l'environnement (LSCE). On s'arrêtait jusqu'ici, dans la littérature scientifique, aux 250 dernières années." Cette comparaison, explique James Hansen dans un communiqué, "signifie qu'un réchauffement supplémentaire d'un degré celsius définit un niveau critique". "Si l'augmentation moyenne des températures est maintenue sous ce seuil, les effets du changement climatique pourraient être relativement gérables, poursuit le climatologue, qui avait dénoncé, en 2005, la censure de ses travaux par l'administration centrale de la NASA. Mais si le réchauffement à venir atteint 2 ou 3 degrés celsius, nous verrons sans doute des changements qui feront de la Terre une planète différente de celle que nous connaissons."

Fait rarissime dans la littérature scientifique, James Hansen fait référence à une oeuvre de fiction, en démontant la théorie développée par Michael Crichton dans son dernier roman (Etat d'urgence, éd. Robert Laffont, 646 p., 44 €), selon laquelle les mesures de température des stations terrestres seraient faussées par le développement urbain de ces dernières décennies, qui aurait "pollué" les données. Pour le climatologue Gavin Schmidt, du GISS, cette exception est justifiée par "la grande influence du livre de Crichton dans le discours public".

La conclusion de M. Hansen est qu'il faut désormais stimuler les discussions autour de procédés de géo-ingénierie pour contrecarrer artificiellement le réchauffement. Le danger étant, ajoute-t-il, que ces projets occultent les efforts déjà engagés pour réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Stéphane Foucart

source: lemonde.fr
Publié par veda