Lors de la publication des gains, mercredi, les cadres risquent fort de demander au gouvernement français d'agir rapidement pour combler un manque de liquidités de 3 voire 4 milliards d'euros dans le budget d'investissements d'Areva pour 2009 - un trou qui aurait dû être comblé plusieurs mois auparavant. Des dirigeants d'Areva ont prévenu vendredi que des licenciements pourraient être nécessaires si rien n'est fait rapidement.

Le budget de cette année représente seulement le début des besoins de liquidités d'Areva. La compagnie a besoin d'environ 10 milliards d'euros pour ces 4 prochaines années pour financer les investissements dans les mines d'uranium, les usines de production de combustible nucléaire et la fabrication de grandes pièces industrielles. Areva a également besoin de 2 milliards d'euros pour 2012 pour racheter les actions dans ses unités de réacteurs nucléaires suite au retrait de l'actionnaire minoritaire Siemens. Areva devrait aussi avoir à payer de lourdes pénalités dues au retards dans la construction d'un réacteur en Finlande.

Le besoin de liquidité d'Areva met en lumière l'étendue de l'assèchement global du crédit, touchant même les industriels ayant une croissance saine.

Areva est bénéficiaire, grâce à ses services de maintenance et de fortes ventes de pièces pour l'industrie nucléaire. La société a dégagé un profit net de 760 millions d'euros sur un chiffre d'affaires de 6,17 milliards dans la première partie de l'année dernière. Toutefois, la compagnie consomme plus de liquidités qu'elle n'en génère par ses opérations. Et avec un indice de solvabilité estimé négativement par Standard & Poor's le mois dernier, Areva ne peut s'endetter plus que les 4,5 milliards empruntés l'été dernier. Vendredi, les syndicats français ont déclaré que le moindre délai de la part du gouvernement de renflouer les finances d'Areva pourrait forcer la compagnie à geler ses investissements, ce qui pourrait mener à des licenciements.

Le gouvernement, actionnaire majoritaire d'Areva, étudie plusieurs options, dont celle d'une cession d'actifs pour libérer du cash ou fusionner avec la compagnie d'industrie lourde Alstom. Pendant une récente visite sur le site du réacteur en construction dans le nord de la France, le président Nicolas Sarkozy a déclaré que le gouvernement allait décider comment financer l'expansion d'Areva, mais n'a donné aucun détail.

La question est de savoir si Paris pourra débloquer des fonds avant que des concurrents comme Japan's Toshiba Corp. ou General Electric Co. ne s'approprient des parts de marché.

Areva a été créée en 2001, quand le gouvernement français a décidé de réunir tous son ingénierie nucléaire sous le même toit. L'idée était de proposer au compagnies énergétiques une fourniture centralisée en combustible nucléaire, réacteurs et gestion des déchets. La stratégie a payé. L'an dernier, la Chine a commandé deux réacteurs nucléaires à Areva et assez de combustible pour 20 ans. Areva vise à obtenir un tiers des commandes de réacteurs nucléaires dans les prochaines décennies et construire au moins 7 réacteurs aux États-Unis.

La compagnie française a besoin de financements. En 2004, Areva a cherché à augmenter ses liquidités au moyens d'une émission de droits de souscription, mais le gouvernement a ajourné le plan, arguant que cela diluerait le contrôle de l'état sur une industrie ayant une valeur stratégique. Anne Lauvergeon, présidente du directoire d'Areva, s'est déclarée favorable à raviver ces plans pour exploiter le marché des actions. Mais elle, ainsi que d'autres représentants, ont récemment déclaré que l'état maladif actuel des marchés rendrait ceci difficile. La compagnie a laissé entendre que Mme Lauvergeon a refusé de commenter ces déclarations, ceci étant dû à l'imminente parution du rapport annuel des finances d'Areva.

Areva invite ses partenaires à partager le coût des investissements pour combler ses besoins financiers immédiats. Les dirigeants d'Areva déclarent qu'Areva a entamé des pourparlers pour vendre une participation de 2,5 % dans la construction d'une centrale d'enrichissement d'uranium dans le sud de la France à la société Japan's Kansai Electric Power Co. Kansai n'a pas fait de commentaire à ce sujet. Areva a également vendu une part de 5% dans les équipements à GDF Suez SA. L'an dernier Areva a également déclaré vouloir s'associer avec Northrop Grumman Corp, industriel pour la défense aux États-Unis, pour la construction de réacteurs nucléaires, générateurs de vapeur et d'autres pièces d'équipement lourd sur les chantiers de Northrop à Newport, USA.

Alstom, le fabricant français de trains à grande vitesse et de centrales de production d'énergie, a déclaré vouloir créer un vaste conglomérat d'ingénierie en fusionnant Alstom et Areva en une seule entité. Cependant, Mme Lauvergeon a déclaré ne voir aucun avantage à cette fusion.

Areva pourrait solliciter une aide directe de l'état pour financer ses besoins immédiats, ont déclaré des personnes proches de la situation. Mais le gouvernement français a d'autres priorités, comme l'aide envers des sociétés durement touchées par la crise financière, spécialement dans les secteurs bancaire et automobile.

Areva pourrait vendre une partie de ses actifs, telles que l'unité de transmission et de distribution, qui fabrique de l'équipement haute-tension pour les sous-stations, ou ses 26,43 % de participation dans l'équipementier minier français Eramet SA. Les analystes estiment que la vente de l'unité de transmission et de distribution pourrait rapporter 5 milliard d'euros. Mais les dirigeants d'Areva craignent que la vente d'une division employant 39 % des 66 000 travailleurs ne sape durement la compagnie. Entre-temps, la valeur des action d'Eramet a chuté ces derniers mois, ramenant la participation d'Areva à environ 950 millions d'euros.

Pendant qu'Areva est à la recherche de financements, ses concurrent ont commencé leur musculation. Toshiba, propriétaire du fabricant de réacteurs nucléaires Westinghouse, a commencé à imiter la stratégie d'Areva en investissant dans des projets basés sur l'uranium. Siemens a déclaré que, bien qu'ayant retiré ses participations d'Areva, la compagnie allemande visait toujours à étendre ses activités dans le domaine nucléaire, peut-être en s'appuyant sur un partenariat avec des entreprises russes.

Article original par David Gauthier-Villars

Traduit par Didier

source: online.wsj.com

Publié par didier