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QUE SONT AU JUSTE LES TRES RICHES HEURES ?

Les Très Riches Heures du Duc de Berry représente le livre des heures, tel qu'il a existé dans la plus pure tradition médiévale. Il s'agissait en fait d'une collection de textes pour chaque heure liturgique de la journée -d'où le nom de cette oeuvre-, qui incluait également des textes et écrits supplémentaires. Calendriers, prières, psaumes et messes y étaient d'ailleurs fréquemment inclus. Les Très Riches Heures est une pièce absolument unique et merveilleuse, archétype véritable de l'Art Gothique. C'est une des premières fois dans l'histoire artistique, que le calendrier sert de base à un ornement et à un raffinement aussi poussé dans les détails. Les miniatures sont remarquables dans leur disposition dans l'enluminure, ce qui laisse penser, d'après le style, que l'un des auteurs de ces enluminures avait visité l'Italie, tout en donnant une place importante aux peintures descriptives des paysages du Nord. Les images que nous avons mises sur ce site internet sont issues de la partie qui concerne le calendrier des Très Riches Heures. Les douzes enluminures ont été peintes entre 1412 et 1416, et constituent indiscutablement un chef oeuvre de la culture française du Moyen-âge. En terme d'importance culturelle ou historique, on pourrait sans doute comparer les Très Riches Heures au chef d'oeuvre de Leonardo Da Vinci, La Joconde, représentant ainsi un travail d'enluminure tout à fait exceptionnel.

QU'EST-CE QU'UN LIVRE D'HEURES ?

Le livre de prière utilisé par un laic pour ses dévotions privées, contenait les prières et les méditations adaptées aux divers moments de la journée, mais aussi au jour de la semaine, au mois, et à la saison. Ces livres devinrent extrèmement populaires au XVème siècle, au point qu'ils devinrent les livres les plus enluminés dans toutes les catégories. A partir du XVème siècle, des versions imprimées par moules à bois, firent également leur apparition. Le plus célèbre de ces livre des Heures est sans doute celui des Très Riches Heures du Duc de Berry (Musée Condé, Chantilly)

QUI SONT LES AUTEURS DES TRES RICHES HEURES ?

Les Très Riches Heures du Duc de Berry ont été peintes par trois frères, les frères Limbourg, Paul (Pol), Hermann et Jean (Jannequin). Ils étaient tous trois originaires de la ville de Nijmegen, qui se trouve aujourd'hui dans les Flandres, mais étaient fort probablement des Allemands. On ne sait que peu de choses à propos de ces artistes exceptionnels. Ils seraient nés entre 1370 et 1380, dans une famille d'artistes. le père aurait été un sculpteur sur bois et leur oncle, Jean Malouel, un artisant d'art au service de la Reine de France et du Duc de Bourgogne. On retrouve la trace des trois frères Limbourg en 1390 chez un orfèvre à Paris. En 1042, Jean et Paul trvaillent pour Philippe le Chauve, Duc de Bourgogne, et à la mort de ce dernier, Il semble que les trois frères aient suvi la trace de leur oncle, en entrant en qualité d'artistes, au service du Duc de Bourgogne. En 1408, ils sont les protégés artistiques de Jean, Duc de Berry, qui est, à cette époque, le plus grand, généreux et riche mécène et protecteur des Arts en France. Les frères Limbourg ont également été les auteurs de nombreuses autres pièces artistiques, mais qui sont aujourd'hui, disparues. Ils gardèrent une position tout à fait prvilégiée à la cour de Jean de Berry, qui se déplaçait avec eux lors de la tournée de ses résidences à travers la France. C'est en février 1416 que les trois frères Limbourg meurent, dans leur jeune trentaine, probablement victimes d'épidémies, puisque la peste faisait des ravages dans ces régions du monde.Les Limbourg ont illuminé deux manuscripts pour la célèbre bibliothèque de Jean de Berry: Les Belles Heures (Met. Museum, New York, c. 1408) et les Très Riches Heures (Musée Condé, Chantilly), qui fut commencé aux alentours de 1413 et resta inachevé à leurs morts. Cette oeuvre fut complétée et achevée par le français Jean Colombe (1440-93?) à peu près soixante-dix ans plus tard.

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Le livre catholique à la naissance de l’imprimerie

AUX ORIGINES DE L’IMPRIMERIE, l’essentiel des impressions sont des publications religieuses, pratiquement toutes en latin, la langue universelle de ce temps. C’est le cas de 3/4 des livres imprimés entre 1450 et 1517. Les presses ont ainsi multiplié à l’usage des clercs les ouvrages liturgiques usuels (Missel, Bréviaires, livres d’heures), des livres d’instructions (catéchismes) et des recueils de sermons, du siècle précédent auxquels venaient s’ajouter les écrits des nouveaux prédicateurs, «dont l’abondance fait tout de même penser qu’on lisait dans le clergé plus qu’on n’a voulu le dire». Si les presses ont tellement produit d’exemplaires de la Stella clericorum, de l’Instructio sacerdotum ou Ecclesiasticorum, c’est qu’un public nombreux achetaient ces ouvrages courants et pratiques. Les œuvres du théologien Jacques Wimpfeling, furent l’objet de 30 éditions en 25 ans tandis qu’un des livres de théologie de Jean Heynlin, fut réédité près de 20 fois entre 1488 et 1500.

C’est une période où la doctrine est établie, ne laissant place à aucune polémique. Un des rôles importants des premiers livres imprimés est donc de rendre vivant ces dogmes. L’Imitation de Jésus Christ, Miroir de l’humaine salvation, l’Ars moriendi, la Danse macabre, Vita Christi de Rudolphe le Chartreux sont les «best sellers» de l’époque. L’Imitation est représentatif de cette époque. Deux ans à peine après la mort de son auteur, Günther Zainer donnait à Augsburg l’édition princeps de l’ouvrage (1471); avant la fin du siècle, on comptait pas moins de 99 éditions de l’ouvrage dont une traduction française imprimée à Toulouse par Henri Mayer (1488) et une autre en italien publiée à Florence par Miscomini (1491). Les Catons moralisés remportaient encore le même succès ainsi que les Miroir de la Rédemption ou les récits de la vie de l’Antéchrist. On lisait toujours Henri Suso, Gerson, Nider et les mystiques si recherchés au siècle précédent.

A Paris, on imprimait les monuments de la scolastique traditionnelle (Ockham, Pierre de la Palud, Guillaume Durand, Duns Scot, Buridan mais aussi les contemporains tel Jean Mair) ainsi que les Pères de l’Eglise et en particulier saint Augustin et saint Bernard. A Bâle, on imprime des ouvrages de théologie ainsi que les écrits des Pères de l’Eglise. Jean Pétri édite ainsi de lourds traités de théologie et de droit canon, et publie une édition de saint Augustin en onze volumes. A Genève, qui n’a pourtant pas une grande importance dans l’histoire des premiers pas de l’imprimerie, deux des quatre premiers livres imprimés dans cette ville sont des traductions françaises de d’ouvrages de théologie catalan et latin. En Italie, une seule imprimerie sort les œuvres de Lactance, de saint Augustin, de saint Jérôme, de saint Cyprien, de saint Thomas d’Aquin, les sermons du pape Léon, la Bible et des commentaires sur la Bible.

Les lettrés ne sont pas les seuls à profiter de l’imprimerie. On commence à produire des écrits en vulgaire destinés à un public plus populaire, imprimés en caractères gothiques, plus familiers aux yeux de ce public que les caractères romains qu’appréciaient les humanistes: livrets de piété ou de pèlerinages, oraisons de toute espèce, pour toutes les circonstances et pour tous les périls, miracles de la Vierge, des saints, paroles mémorables de Jésus. On imprime également de nombreuses Bible des pauvres, richement illustrées, qui viennent compléter les images pieuses obtenues par xylographie. Ainsi en 1461, Albrecht Pfister, un des premiers imprimeurs allemands, connu pour avoir imprimé les deux premiers livres en langue allemande, produisit une Biblia pauperum illustrée bilingue (allemand/latin).

Manuscrit de l'Imitatione Christi. Bibliothèque Koninklijke, Bruxelles

L'Imitation de Jésus-Christ (en latin De imitatione Christi) est une œuvre anonyme de piété chrétienne de la fin du XIVe siècle ou du début du XVe, représentative du mouvement de réforme spirituelle appelé devotio moderna qui a été illustré par Jean de Ruysbroek. On accorde actuellement cette œuvre à Thomas a Kempis.

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L'Imitation de Jésus-Christ: Trois visions:

L'Imitation de Jésus-Christ

Traduction de l'Abbé Félicité de Lamennais avec des réflexions à la fin de chaque chapitre

Livre premier - Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure

Qu'il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde

1. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le Seigneur. Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du coeur. Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ. 2. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints: et qui posséderait son esprit y trouverait la manne cachée. Mais il arrive que plusieurs, à force d'entendre l'Evangile, n'en sont que peu touchés, parce qu'ils n'ont point l'esprit de Jésus-Christ. Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ ? Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne. 3. Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n'êtes pas humble, et que par-là vous déplaisez à la Trinité ? Certes, les discours sublimes ne font pas l'homme juste et saint, mais une vie pure rend cher à Dieu. J'aime mieux sentir la componction que d'en savoir la définition. Quand vous sauriez toute la Bible par coeur et toutes les sentences des philosophes, que vous servirait tout cela sans la grâce et la charité ? Vanité des vanités, tout n'est que vanité, hors aimer Dieu et le servir lui seul. La souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le mépris du monde. 4. Vanité donc, d'amasser des richesses périssables et d'espérer en elles. Vanité, d'aspirer aux honneurs et de s'élever à ce qu'il y a de plus haut. Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni. Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre. Vanité, de ne penser qu'à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra. Vanité, de s'attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point. 5. Rappelez-vous souvent cette parole du Sage: L'oeil n'est pas rassasié de ce qu'il voit, ni l'oreille remplie de ce qu'elle entend. Appliquez-vous donc à détacher votre coeur de l'amour des choses visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles, car ceux qui suivent l'attrait de leurs sens souillent leur âme et perdent la grâce de Dieu.

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Imitation de Jésus-Christ

Traduction et réflexions de l'abbé Félicité de Lamennais

Livre premier — Avis utiles pour entrer dans la vie intérieure

Chapitre 1

Qu’il faut imiter Jésus-Christ, et mépriser toutes les vanités du monde

1. Celui qui me suit ne marche pas dans les ténèbres, dit le Seigneur. (Jn 8, 12) Ce sont les paroles de Jésus-Christ, par lesquelles il nous exhorte à imiter sa conduite et sa vie, si nous voulons être vraiment éclairés et délivrés de tout aveuglement du coeur. Que notre principale étude soit donc de méditer la vie de Jésus-Christ.

2. La doctrine de Jésus-Christ surpasse toute doctrine des Saints et qui posséderait son esprit y trouverait la manne cachée. Mais il arrive que plusieurs, à force d’entendre l’Évangile, n’en sont que peu touchés, parce qu’ils n’ont point l’esprit de Jésus-Christ. Voulez-vous comprendre parfaitement et goûter les paroles de Jésus-Christ? Appliquez-vous à conformer toute votre vie à la sienne.

3. Que vous sert de raisonner profondément sur la Trinité, si vous n’êtes pas humble, et que par-là vous déplaisez à la Trinité? Certes, les discours sublimes ne font pas l’homme juste et saint, mais une vie pure rend cher à Dieu. J’aime mieux sentir la componction que d’en savoir la définition. Quand vous sauriez toute la Bible par coeur et toutes les sentences des philosophes, que vous servirait tout cela sans la grâce et la charité? Vanité des vanités, tout n’est que vanité (Eccl. 1, 2), hors aimer Dieu et le servir lui seul. La souveraine richesse est de tendre au royaume du ciel par le mépris du monde.

4. Vanité donc, d’amasser des richesses périssables et d’espérer en elles. Vanité, d’aspirer aux honneurs et de s’élever à ce qu’il y a de plus haut. Vanité, de suivre les désirs de la chair et de rechercher ce dont il faudra bientôt être rigoureusement puni. Vanité, de souhaiter une longue vie et de ne pas se soucier de bien vivre. Vanité, de ne penser qu’à la vie présente et de ne pas prévoir ce qui la suivra. Vanité, de s’attacher à ce qui passe si vite et de ne pas se hâter vers la joie qui ne finit point.

5. Rappelez-vous souvent cette parole du Sage: L’oeil n’est pas rassasié de ce qu’il voit, ni l’oreille remplie de ce qu’elle entend. (Eccl. 1, 8) Appliquez-vous donc à détacher votre coeur de l’amour des choses visibles, pour le porter tout entier vers les invisibles, car ceux qui suivent l’attrait de leurs sens souillent leur âme et perdent la grâce de Dieu.

Réflexion

Nous n’avons ici-bas qu’un intérêt, celui de notre salut (Lc 10, 42), et nul ne peut être sauvé qu’en Jésus-Christ et par Jésus-Christ. (Act. 4, 12) La foi en sa parole, l’obéissance à ses commandements, l’imitation de ses vertus, voilà la vie, il n’y en a point d’autre: tout le reste est vanité, et j’ai vu, dit le Sage, que l’homme n’a rien de plus de tous les travaux dont il se consume sous le soleil (Eccl. 1, 3): richesses, plaisirs, grandeurs, qu’est-ce que cela, lorsqu’on jette le corps dans la fosse, et que l’âme s’en va dans son éternité? Pensez-y dès aujourd’hui, dès ce moment même: car demain peut-être il ne sera plus temps. Travaillez pendant que le jour luit: hâtez-vous d’amasser un trésor qui ne périsse point (Mt. 6, 20): la nuit vient où on ne peut rien faire. (Jn 9, 4) De stériles désirs ne vous sauveront pas: ce sont des œuvres que Dieu veut. Or donc imitez Jésus, si vous voulez vivre éternellement avec Jésus.

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Imitation de Jésus-Christ

Traduite & paraphrasée en Vers François par monsieur Pierre Corneille DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE

Chapitre Premier

De l'imitation de Jésus-Christ et du mépris de toutes les vanités du monde.

Heureux qui tient la route où ma voie le convie ! Les ténèbres jamais n'approchent qui me suit; Et partout sur mes pas il trouve un jour sans nuit Qui porte jusqu'au coeur la lumière de vie." Ainsi Jésus Christ parle; ainsi de ses vertus, Dont brillent les sentiers qu'il a pour nous battus, Les rayons toujours vifs montrent comme il faut vivre; Et quiconque veut être éclairé pleinement, Doit apprendre de lui que ce n'est qu'à le suivre Que le coeur s'affranchit de tout aveuglement.

LES doctrines des saints n'ont rien de comparable À ce dont lui-même il s'est fait le miroir: Elle a mille trésors qui se font bientôt voir, Quand l'oeil a pour flambeau son esprit adorable. Toi qui par l'amour-propre, à toi-même attaché, L'écoute et le lis sans être touché, Faute de cet esprit, tu n'y trouves qu'épines; Mais si tu veux l'entendre et lire avec plaisir, Conformes-y ta vie, et ces douceurs divines Viendront s'offrir en foule au choix de ton désir.

QUE te sert de percer les plus secrets abîmes Où se cache à nos sens l'immense Trinité? Si ton intérieur manque d'humilité, Tu ne saurais offrir d'agréables victimes. Cet orgueilleux savoir, ces pompeux sentiments, Ne sont aux yeux de Dieu que de vains ornements. Il ne s'abaisse point vers des âmes si hautes; Et la vertu sans eux est de telle valeur, Qu'il vaut mieux bien sentir la douleur de tes fautes Que savoir définir ce qu'est cette douleur.

PORTE toute la Bible en ta mémoire empreinte; Sache tout ce qu'ont dit les sages des vieux temps; Joins-y, si tu le peux, tous les traits éclatants De l'histoire profane et de l'histoire sainte; De tant d'enseignement l'impuissante langueur Sous leur poids inutile accablera ton coeur, Si Dieu n'y verse encore son amour et sa grâce; Et l'unique science où tu dois prendre appui, C'est que tout n'est ici que vanité qui passe, Hormis d'aimer sa gloire, et ne servir que lui.

C'EST là des vrais savants la sagesse profonde, Elle est bonne en tout temps, elle est bonne en tout lieus: Et le plus sûr chemin pour aller vers les Cieux, C'est d'affermir nos pas sur le mépris du monde. Ce dangereux flatteur de nos faibles esprit Oppose mille attraits à ce juste mépris; Qui s'en laisse éblouir s'en laisse tôt séduire: Mais ouvre bien les yeux sur leur fragilité, Regarde qu'un moment suffit pour les détruire, Et tu verras qu'enfin tout n'est que vanité.

VANITÉ d'entasser richesses sur richesses, Vanité de languir dans la soif des honneurs, Vanité de choisir pour souverains bonheurs De la chair et des sens les damnables caresses. Vanité d'aspirer à voir durer nos jours Sans nous mettre en souci d'en mieux régler le cours, D'aimer la longue vie et négliger la bonne, D'embrasser le présent sans soins de l'avenir, Et de plus estimer un moment qu'il nous donne Que l'attente des biens qui ne sauraient finir.

TOI donc, qui que tu sois, si tu veux bien comprendre Comme à tes sens trompeurs tu dois te confier, Souviens-toi qu'on ne peut jamais rassasier Ni l'oeil humain de voir, ni l'oreille d'entendre; Qu'il faut se dérober à tant de faux appâts, Mépriser ce qu'on voit pour ce qu'on ne voit pas, Fuir les contentements transmis par ces organes; Que de s'en satisfaire on n'a jamais de lieu, Et que l'attachement à leurs douceurs profanes Souille ta conscience et t'éloigne de Dieu.

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La Bruyère, Les Caractères.

Introduction

Ecrivain du XVIIème siècle, représentatif du classicisme. On le range parmi les moralistes. Son œuvre, Les Caractères, constituée d'observations sur la société de l’époque, est en fait une satire de la cour, de la noblesse, du clergé, et même du roi. On notera la forme concise de ces observations contenues généralement dans un texte ramassé se réduisant à quelques phrases. On pense à des maximes ou des aphorismes. Les cinq extraits proposés sont issus de différents chapitres des Caractères. La question qui se pose est de savoir quelle problématique commune s'en dégage. Nous avons retenu la peinture de l'homme éternel qui constituera notre premier point de développement. Dans un second axe, nous nous proposons d'étudier la satire et ses procédés.

Développement

1. Une peinture de l’homme éternel

1.1. Le mérite personnel

C’est la nature humaine dans toute sa diversité. C'est "le sage" ou encore "l’homme de bien" qui sont porteurs de la vertu et du cœur. La vertu, d’après le dictionnaire, est la force morale appliquée à suivre la règle définie par la religion et la société, la disposition à faire le bien.Ce mérite personnel n’est pas reconnu par la société qui lui péfère l'argent.

1.2. L’argent

C’est la valeur suprême - celle qui est reconnue. Elle est omniprésente dans le texte : " trésors, fortune, faveur, gain, intérêt, acquérir, avide, monnaie, contrat… " Les porteurs de cette valeur sont "l’habile homme" (texte 2) et même "l’honnête homme" appelé aussi "l'homme d'esprit" (texte 3) qui sont caractérisés négativement dans le dernier texte mais, s’opposant à eux, il y a "l’homme de bien" qui méprise l’argent et les valeurs qui lui sont attachées : "ambition", "postes", "faveur" (texte 1) ; "gain", "intérêt" (texte 2).

1.3. L’idéal de l’homme de bien

C’est un sage défini à partir des qualités comme la vertu ou grandeur morale. On peut classer ces différents personnages selon une échelle : en bas de l’échelle, on a l’habile homme, on trouve ensuite l’honnête homme et enfin l’homme de bien. Etre homme de bien constitue un idéal vers lequel on peut tendre.

2. La satire et ses procédés

La Bruyère fait appel à toutes les ressources de la langue pour dénoncer sur un mode plaisant les vices et les ridicules.

2.1 La construction des phrases

Une syntaxe rigoureuse avec le recours systématique à la parataxe : procédé qui consiste à juxtaposer des phrases, sans lien de coordination ou de subordination : cf. par exemple le texte 2 Des Biens de fortune : "De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être des hommes : ils ont de l’argent". Nous avons ici deux phrases reliées par un signe de ponctuation faible, le double point.

2.2 Les figures de rhétorique

Quelques exemples:

- Antithèse in texte 2 - "âmes sales, belles âmes" - doublée par le chiasme (nom-adjectif // adjectif, nom) qui accentue l’opposition. Antithèse in texte 1 : "de si grandes choses" // "de si faibles avantages"

- Paradoxe in texte 1 - "Le sage guérit de l’ambition par l’ambition même".

- Accumulation in texte 2 : l'idée d'"âmes sales" est développée par touches successives : "pétries de boue..., éprises du gain... ; capables d'une seule volupté... ; curieuses et avides...". Noter au passage la densité et la concision avec lesquelles sont définies les "belles âmes" caractérisées simplement par la "gloire" et la "vertu".

- Gradation in texte 1 : trésors < postes < fortune < faveur ; in texte 2 : parents < amis < citoyens < chrétiens.

- Litote in texte 5 : "L’honnête homme est celui qui ne vole pas sur les grands chemins, et qui ne tue personne...". L'ensemble de ces figures étroitement imbriquées a pour effet un grossissement de la réalité qui ne manque pas de frapper l'imagination du lecteur averti.

2.3 L’ironie

C’est une tonalité : elle résulte du savant assemblage du vocabulaire, de la construction des phrases et des figures de style. Deux exemples : - In texte 1 :"De telles gens ne sont ni parents, ni amis, ni citoyens, ni chrétiens, ni peut-être des hommes : ils ont de l’argent". - In texte 2 "Acquérir ou ne point perdre" est assimilé à de la volupté, à un désir profond, à une jouissance physique ou morale : on voit réllement les "âmes sales... inquiètes... enfoncées...abîmées...". La satire prend ici la forme d'une dénonciation, sur un mode plaisant, des vices et des ridicules. L’argent nuit à l’équilibre, c’est un désordre pour l’esprit. Il a un effet comique et sérieux. Le style de l’auteur est provocateur. Un style fondé sur la symétrie et l’opposition avec un effet de grossissement. Le gain, l’intérêt, l’argent sont dévalorisés, tournés en dérision.

Conclusion

La Bruyère opère une distinction entre 3 types d’hommes : "l’habile homme", "l’honnête homme" et "l’homme de bien". Cette distinction apparaissait chez Pascal qui distinguait trois ordres : celui de la chair ou de la grandeur temporelle, l’ordre de l’esprit, et l’ordre de la vertu. La satire est associée à un moralisme chrétien : tendance forte au XVIIème siècle. Au plan de l'écriture, on notera aussi l'impressionnant travail sur le style.

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Mercier, L’An 2440

Introduction

- L’auteur

Ecrivain du XVIIIème siècle, peu connu à l’époque, ayant vécu la Révolution française. Ses deux oeuvres principales sont : LeTableau de Paris, publié en 12 tomes - une observation satirique du Paris du XVIIIème siècle ; L’An 2440 , un roman d’anticipation qui jette un regard sur le futur. Mercier remet en cause la monarchie. Ses écrits ont ainsi pu contribuer à la chute du régime lors de la Révolution de 1789.

- L’oeuvre

Roman d’anticipation moderne (utopie car il dresse un tableau d’une société imaginaire). C’est le réveil du narrateur après sept siècles de sommeil (découverte d’un monde de sagesse + raison). L’extrait pose le cadre spatial près de Paris, à Versailles où le narrateur rencontre Louis XIV.

1. Un univers onirique (relatif au rêve) + structure du récit

1.1. Un décor de désolation

- Champ lexical des ruines " débris, murs entrouverts "…

- Opposition entre la magnificence et les ruines (" palais superbes et statues mutilées ")

- Deux impressions de Versailles : centre géopolitique + palais désordonné bien que Versailles ait été un palais superbe.

1.2. Un tableau au goût de l’époque

- Thème des ruines très prisé: cf . Diderot La Poétique des ruines, Volney Les ruines ou méditations sur les révolutions des empires.

- Le thème rappelle la fragilité de la condition humaine (ils'agit d'une interrogation sur le devenir de l’humanité).

1.3. Un narrateur habile

- Impatience + surprise du visiteur (juxtaposition) " j’arrive, je cherche des yeux "…

- Rencontre avec un énigmatique vieillard (cf. tableau de Hyacinthe Rigaud, Portrait de Louis XIV).

- La révélation : questions au vieillard

- Dialogue habilement construit (la vérité voit le jour peu à peu).

- Anticipation et prédiction…

2. Rôle de l’anticipation

2.1. Autocritique de l’absolutisme: habileté, prudence

- Autocritique de l’absolutisme (c’est Louis XIV qui se critique : pas de censure).

- L’auteur critique le coût de la construction de Versailles à cause de cet absolutisme.

2.2. Une progression

La critique est:

- morale : personnalité du monarque, un orgueil démesuré…

- économique : la construction de Versailles fut coûteuse: " fleuve de larmes "

- politique : tout le système politique laisse à désirer: " ce palais pêché par ses propres fondements ".

Conclusion

Il ne s’agit plus d’une critique envers le monarque mais contre tout le système qui laisse le pouvoir suprême à une seule personne. (il nuit à la nation). La satire va au-delà du moralisme des classiques.

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source: toutesdanslarticle.org

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