Extrait de "Notre vraie demeure" d'Ajahn Chah

(...)

Alors lâchez prise, déposez tout, tout sauf la connaissance.

Ne vous laissez pas abuser si des visions ou des sons surgissent dans votre mental pendant la méditation. Déposez tout cela. Ne vous accrochez à rien. Restez simplement avec cette conscience non duelle.

Ne vous préoccupez ni du passé, ni du futur, restez simplement tranquille et vous atteindrez l’endroit où il n’y a rien qui aille vers l’avant, rien qui aille vers l’arrière, rien qui s’arrête, l’endroit où il n’y a rien à saisir, rien à quoi s’attacher.

Pourquoi? Parce qu’il n’y a pas de soi, pas de “moi”, rien “à moi”. Tout a disparu. Le Bouddha nous a appris à nous vider de tout dans le sens de ne rien emporter avec nous, connaître et lorsqu’on connaît, lâcher prise.

De réaliser la Vérité, le chemin vers la liberté, hors du Cycle des Naissances et des Morts, est un travail que chacun de nous a à faire seul. Alors continuez à lâcher prise et à comprendre les enseignements.

Mettez vraiment de l’effort dans votre contemplation. Ne vous faites pas de soucis pour votre famille. En ce moment, ils sont comme ils sont, dans le futur, ils seront comme vous. Personne au monde ne peut échapper à ce destin.

Le Bouddha nous a dit de déposer tout ce qui n’a pas de réelle substance durable. Si vous déposez tout, vous verrez la vérité, si vous ne le faites pas, vous ne la verrez pas. C’est ainsi et c’est la même chose pour tout le monde. Alors, ne vous faites pas de soucis et ne vous accrochez à rien.

Si vous vous surprenez à penser, c’est bien aussi, pour autant que vous pensiez avec sagesse. Ne pensez pas de manière déraisonnable. Si vous pensez à vos enfants, pensez à eux avec sagesse, pas de manière déraisonnable.

Quelle que soit la chose vers laquelle votre mental se tourne, pensez et prenez connaissance de cette chose avec sagesse, en étant consciente de sa nature. Si vous connaissez quelque chose avec sagesse, alors vous pouvez lâcher prise de cette chose et il n’y a pas de souffrance. Le mental est lumineux, joyeux, en paix et comme il tourne le dos aux distractions, il est indivisé.

En ce moment même, la chose qui peut vous aider et vous soutenir est de suivre votre respiration. C’est votre tâche, pas celle de quelqu’un d’autre.

Laissez les autres faire leur propre travail. Vous avez votre devoir et votre responsabilité et vous n’avez pas à prendre sur vos épaules ceux de votre famille. Ne prenez rien d’autre, lâchez prise de tout. Ce lâcher prise rendra votre mental calme.

Votre seule responsabilité en ce moment est de focaliser votre mental et de l’amener vers la paix. Laissez tout le reste aux autres. Les formes, les sons, les odeurs, les goûts, laissez les autres s’en occuper. Laissez tout derrière vous et faites votre propre travail, remplissez votre propre responsabilité.

Ce qui apparaît dans votre mental, que ce soit de la peur ou de la douleur, la peur de la mort, de l’anxiété au sujet des autres ou n’importe quoi d’autre, dites à cette chose “Ne me dérange pas. Ce n’est plus mon affaire”. Continuez à vous dire cela quand vous voyez ces phénomènes (...)se produire.

(...) Et à propos du mot “monde”? Le monde est l’état même du mental qui vous agite en ce moment. “Que va faire cette personne? Et que va faire celle-là? Quand je serai morte, qui va s’occuper d’eux? Comment vont-ils réussir?” Tout cela n’est que le “monde”.

Même la simple apparition d’une pensée de peur de la mort ou de douleur, c’est le monde.

Jetez le monde par-dessus bord! Le monde est comme il est. Si vous lui permettez de surgir dans le mental et de dominer la conscience, alors le mental s’obscurcit et ne peut se voir lui-même.

Alors, quelle que soit la chose qui apparaisse dans le mental, dites-vous seulement “Cela ne me concerne pas. Cela ne dure pas, c’est non-satisfaisant et ça n’a pas d’identité propre”.

Si vous pensez que vous aimeriez vivre longtemps, cela vous fera souffrir. Mais vouloir mourir tout de suite ou très rapidement, c’est aussi de la souffrance, n’est-ce pas?

Les conditions ne nous appartiennent pas, elles suivent leurs propres lois naturelles. Vous ne pouvez rien changer à la manière d’être du corps. Vous pouvez l’embellir un peu, vous pouvez le rendre attrayant et propre pendant un temps, comme les jeunes filles qui peignent leurs lèvres et se laissent pousser les ongles, mais quand l’âge arrive, tout le monde est dans le même bateau. Ainsi va le corps, vous ne pouvez le changer. Ce que vous pouvez améliorer et embellir par contre c’est le mental.

Tout le monde peut construire une maison en bois et en briques, mais le Bouddha a enseigné que cette sorte de maison n’est pas notre vraie demeure, elle ne nous appartient que par le nom. C’est une maison dans le monde et elle suit les manières du monde.

Notre vraie demeure est la paix intérieure. Une maison matérielle extérieure peut bien être belle mais elle n’est pas très paisible. Il y a ce souci et puis celui-là, cette anxiété-ci et puis celle-là. Ainsi nous disons que ce n’est pas notre vraie demeure, elle est extérieure à nous, tôt ou tard, nous devrons y renoncer. Ce n’est pas un endroit où nous pouvons vivre de manière permanente parce qu’elle ne nous appartient pas vraiment, elle fait partie du monde.

C’est la même chose avec notre corps; nous nous identifions à lui, c’est “moi” et c’est “le mien” mais en fait ce n’est pas du tout comme cela, c’est aussi une demeure qui fait partie du monde.

Votre corps a suivi son cours naturel, depuis la naissance jusqu’à ce qu’il devienne vieux et malade et vous ne pouvez l’empêcher de fonctionner ainsi, c’est la vie. Vouloir qu’il soit différent serait aussi insensé que de vouloir qu’un canard ressemble à un poulet.

Quand vous voyez cela, c’est impossible; en voyant qu’il est dans l’ordre des choses qu’un canard soit un canard et un poulet un poulet, que les corps doivent vieillir et mourir, vous trouverez de la force et de l’énergie. Même si vous souhaitez très fort que votre corps continue à vivre très longtemps, il ne suivra pas votre envie. (...)

source: bica-vipassana.blogspot.com

Publié par metta