"La biomasse peut remplacer le pétrole dans la plupart de ses applications", a rappelé le ministre de l'Agriculture, Dominique Bussereau, en ouvrant la réunion. La France prévoit d'ailleurs de porter la part des biocarburants à 5,75% en 2008, puis 10% en 2015 (8% en Europe), contre moins de 4% actuellement. A titre de comparaison, Wolfgang Palz, président du Conseil mondial des énergies renouvelables pour l'Europe, a rappelé que la production mondiale de bioéthanol, de 15 mds USD en 2005, devrait atteindre 52 mds en 2015, avec deux poids lourds aux commandes, Etats-Unis et Brésil.

Au Brésil, le bioéthanol à partir de la canne à sucre représente déjà 44% de l'essence consommée dans le pays, vendue moins cher que l'essence ordinaire. Au cours des trois dernières années, 70% des nouvelles immatriculations ont concerné des véhicules "flex-fuel" (fonctionnant avec un mélange essence-bioéthanol).

Question de volonté politique, selon M. Palz, comme aux Etats-Unis où la production reçoit une subvention de 1,2 USD par gallon (3,7 l environ) ou en Suède, qui compte déjà 20.000 voitures flex-fuel et où tous les bus de Stockholm roulent au bio.

"Le Brésil et les USA produisent chacun 150 M hl par an", a indiqué Alain Jeanroy, coordinateur de la filière bioéthanol, "les USA ont doublé leur production depuis 2002, le Brésil exporte au Japon, quand l'Union européenne peine avec 40 M hl" (et la France 6 M hl).

"En 2015, l'UE des 25 devra produire 140 M hl, la France 14 M hl en 2010: nous sommes en ordre de marche pour atteindre cet objectif. Mais il faut pouvoir exporter, se montrer ambitieux et ne pas voir que le marché français", a-t-il plaidé. "1 l d'essence, c'est un emploi; 1 l d'éthanol, six ou sept", a-t-il insisté, réclamant "une vraie incitation fiscale" pour y parvenir.

Quant à la production de biodiesel (0,6 M t visée en 2006 et 1,94 M t en 2007), elle peine à contrebalancer le poids du gazole en France, selon Bernard Nicol, DG de Diester. "En 2015, explique-t-il, l'UE des 25 devra importer 50 M t de gazole: le biodiesel doit prendre une place supplémentaire".

Face à ce constat, le député UDF Charles de Courson, vice-président du groupe d'études sur les biocarburants, a dénoncé "le poids des lobbies en France" et une "fiscalité énergétique irrationnelle, qui surtaxe l'essence par rapport au diesel, liée au lobby du transport routier".

"Les compagnies pétrolières, a-t-il assuré, utilisent tous les moyens pour freiner la part des biocarburants". Et les constructeurs automobiles français, qui savent offrir des gammes flex-fuel au Brésil, limitent au marché domestique des véhicules ne pouvant recevoir plus de 10% de biocarburant.

Au nom des consommateurs, Alain Chosson, secrétaire général de "Consommation, Logement et Cadre de vie", a stigmatisé un "manque de bon sens" et des "obstacles non seulement fiscaux, mais culturels et administratifs".

"Le consommateur achète ce qu'on lui vend: quand aurons-nous des voitures et des stations-service adaptées en nombre suffisant?"

source: AFP