Un vrai personnage de roman

Ses proches savent qu'elle recevait l'annonce des épreuves à venir et qu'elle les prédisait tout en n'y croyant pas vraiment. Sa première vision mystique date du 5 juillet 1922 et s'est renouvelée le 5 juillet 1941 ; Mère Yvonne-Aimée voit une croix lumineuse et entend le Christ l'appeler et lui demander "Veux-tu la porter ?". Un an après, jour pour jour, trois témoins la trouvent en extase et une sorte de voile blanc se pose sur elle. Plus tard, rappelle René Laurentin, survient le signe des fleurs puis celui d'une croix descendant doucement sur ses épaules. "Sa vocation a été reçue sous la forme : je serai l'amour". Pendant la 2 ème guerre mondiale, elle cache des soldats français et alliés et des résistants, mais, pressentant son arrestation, elle fait parvenir à son confident, le père Labutte, l'avis de son transfert au siège de la gestapo parisienne. Elle a griffonné un pneumatique disant "suis chez tante germaine", raconte son actuel biographe. Germaine, les Germains donc les allemands. Voilà un vrai personnage de roman dans une histoire aux multiples rebondissements comme nous les aimons. Durant sa détention, Yvonne-Aimée subit des tortures mais apparaît à plusieurs reprises dans la communauté. Il semble donc qu'elle possède le don de bilocation. Une fois libérée, elle continue à héberger des soldats blessés alors même que la clinique se trouve partiellement occupée par les allemands. "C'est dans les situations de crise que se révèle la valeur humaine. A la libération, tout cela lui a valu six décorations successives et son histoire a été connue".

Et c'est dans le don que l'on trouve le bonheur

"Humainement et médicalement, la situation d'Yvonne-Aimée est paradoxale. Comment peut-elle tenir debout ?" interroge le Dr Patrick Mahéo qui contribue à l'étude biographique. Effectivement, voilà une femme qui assume avec courage et détermination de nombreuses responsabilités non recherchées malgré une santé délabrée. Dans l'historique de ses maladies**, le médecin cite "Scarlatine, paratyphoïde, tuberculoses pulmonaire et rénale, syndrome néphrotique, hypertension artérielle, cancer...". Patrick Mahéo souligne son équilibre psychologique et son sang-froid exceptionnel qui excluent l'explication des évènements extraordinaires par une éventuelle hystérie. "Et, malgré ses souffrances, un sens de l'humour toujours présent...elle donne la vie aux autres". De fait, les religieuses qui l'ont côtoyée décrivent une impression de bonheur. Un jour, belle démonstration d'humilité, elle désarme un père qui la soupçonne d'orgueil en répondant "Je ne suis rien, je ne vaux rien". Yvonne-Aimée meurt en 1951 d'une hémorragie cérébrale foudroyante. Entre-temps, comme Padre Pio et d'autres mystiques, confient les deux conférenciers, elle a lutté contre des attaques du démon et présenté des stigmates. Encore de nos jours, de nombreuses intercessions et guérisons sont attribuées à Yvonne-Aimée qui par sa vie et son histoire a vraiment mérité son titre de Mère. Et, bien que la papauté n'ait toujours pas décidé sa béatification, nombreux sont ceux qui reconnaissent une sainte.

Christian Torres.

*Biographie d'Yvonne-Aimée de Malestroit (L'irrésistible ascension et la grande épreuve, mai-1932 - août 1946) par René Laurentin, éditions François-Xavier de Guibert. René Laurentin est également journaliste pour Chrétien Magazine.
** L'amour plus fort que la souffrance, Patrick Mahéo et René Laurentin, éditions François-Xavier de Guibert.

(Conférence du jeudi 6 décembre 2001 - clinique des Augustines de Malestroit)

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site: perso.wanadoo.fr/ouestsante/
Auteur: Christian Torres
Langue originale: français
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