Le dialogue pour le dialogue n'a aucun sens, précise d'emblée Saïd Jalili. Dans un climat de menace, d'intimidation, il s'apparente à un diktat pur et simple. Ceux qui prétendent nous donner des leçons de modernité ont des agissements dignes du Moyen Age." Ambiance... Sur fond de bras de fer nucléaire, ce prologue vaut pour l'Europe comme pour les Etats-Unis. Dans le meilleur des cas, le Vieux Continent a été fourvoyé par l'Amérique. Au pis, il fait étalage de son incapacité a assumer un rôle autonome. Vu de Téhéran, l'allié moscovite s'en sort mieux. Même si l'on sent affleurer le dépit qu'inspire un partenaire jugé trop perméable au forcing de Washington. A l'évidence, l'équipe Ahmadinejad mise sur la Russie et la Chine, toutes deux membres permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, pour entraver la marche aux sanctions.

L'annonce d'échanges directs entre les Etats-Unis et l'Iran - démarche inédite depuis la rupture d'avril 1980 - ne doit à aucun prix passer pour une reculade. "Nous avons toujours refusé l'approche dictatoriale et despotique des Américains, insiste le vice-ministre. Cette fois, nous sommes disposés à discuter exclusivement de l'Irak et à la demande de nos amis irakiens. Dès lors que l'occupation militaire aggrave l'insécurité, il est normal que nous ne ménagions aucun effort. Même s'il faut pour cela dialoguer avec Washington, dont nous mesurons naturellement la faiblesse."

Exporter la révolution...

Si l'on objecte que le contentieux atomique flottera fatalement sur d'éventuels pourparlers, Saïd Jalili invoque le précédent afghan: "Après la chute du régime taliban, nous avons participé comme les Américains à la conférence de Bonn, sans tenter de tirer profit de ce forum pour traiter d'autres enjeux."

Le jeune vice-ministre fustige la duplicité de l'Occident, hier fournisseur de l'Irak de Saddam Hussein en armes de destruction massive, "dont l'Iran a été la victime". Il rappelle l'annulation unilatérale par la France, l'Allemagne et les Etats-Unis, au lendemain de la révolution, des contrats d'équipement nucléaire passés sous le Chah. Et évoque le complot jadis fatal à Mossadegh, coupable d'avoir entrepris de nationaliser le pétrole iranien. "Vingt-cinq ans après, notre peuple renversait le pouvoir issu du coup d'Etat; et un demi-siècle plus tard, il recevait les excuses de Madeleine Albright, alors secrétaire d'Etat américaine. L'histoire se répétera."

Moyennant quoi Téhéran dénonce sans relâche "l'illégitimité du régime sioniste" et pourfend cet Etat d'Israël qu'Ahmadinejad, fidèle en cela à la rhétorique de l'imam Khomeini, souhaite voir "rayé de la carte". Avec un robuste aplomb, Saïd Jalili juge que le "tapage" suscité par la sortie négationniste de "Son Excellence" - l'Holocauste ravalé au rang de mythe - prouve sa "pertinence". Conscient de l'écho que rencontre ce discours de haine dans le monde arabe, le nouveau président rêve sans doute de raviver le dessein initial d'exportation de la révolution. "L'idéal n'a jamais varié. Mais il s'agit d'une exportation spirituelle. La force de l'Iran, c'est son message." La courtoisie de Jalili ne serait-elle qu'un vernis? Voilà peu, il aurait ainsi admonesté l'ambassadeur britannique, venu prendre congé: "Vous avez compromis ici les intérêts à long terme de votre pays." Réplique de l'intéressé: "Vous mettez en péril ceux du vôtre. A long terme et à court terme."

par Vincent Hugeux - lexpress.fr
Transmis par Didier