Quelques minutes après en avoir avalé une infusion, Mattin sent l'"esprit" s'emparer de lui. Des éléphants parés de bijoux et de couronnes et un nain magicien défilent devant lui. Ces hallucinations sont plutôt inoffensives, mais d'autres, comme cette image d'organes génitaux féminins putréfiés, sont terrifiantes. C'est pourtant, selon lui, le signe qu'il est sur la voie de la guérison. "Bien sûr, les visions sont parfois très sombres, explique-t-il. Mais il faut en passer par là pour revenir vers la lumière." Mattin trouve finalement ce qu'il pense chercher : Jésus-Christ et la Vierge Marie lui apparaissent, aussi réels que le chaman à côté de lui.

"Dans la région qui nous intéresse , l’ayahuasca (Banisteriopsis Caapi) représente l’assise même de l’édifice thérapeutique. Cette liane possède des propriétés hallucinogènes potentialisées par divers additifs ajoutés au breuvage lors de la préparation par cuisson. Le principal additif est constitué par la chacruna (Psychotria Viridis) également désignée par « suija » et dans d’autre régions par le terme « yagé ». La véritable initiation suppose des conditions très strictes : isolement dans la forêt, diète ou jeûne, abstinence, pas de contact avec le feu, exclusion totale de certains aliments (surtout sel, porc, piments…). Il est impératif que l’hallucination par l’ayahuasca se déroule sous contrôle d’un maestro entraîné. En effet, l’expérience n’est pas dénuée de dangers. Il est toujours possible qu’à travers l’intensité de l’ivresse le patient évolue vers des visions effrayantes (bad trip) qui, si elles n’étaient pas canalisées, pourraient provoquer de véritables états d’épouvante accompagnés de troubles de la conduite ou de déstabilisation mentale. Au cours de l’apprentissage, l’élève doit obtenir une maîtrise progressive de ces états de conscience « négatifs » qu’il doit être à même de prévenir ou de dominer seul si nécessaire, chez lui-même et chez les autres."

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PART 2

PART 3

PART 4

par RanBrant