Huissier...

Gilles Lemaire, ancien secrétaire national des Verts, organisait hier une conférence de presse dans son minuscule appartement parisien, où il s'attend d'un jour à l'autre à recevoir la visite d'un huissier. On se prend à recenser des biens de valeur : une solide table en bois, une demi-horloge, une collection de Guide du routard, un réfrigérateur faisant office de cave à vin... Tout le monde se case tant bien que mal dans la maison de poupée. "Nous sommes un peu à l'étroit, il y a encore trop de meubles", rigole Lemaire. José Bové, encore plus bravache : "Il n'est pas question de payer quoi que ce soit, on ne leur donnera pas un sou." Le leader paysan attend "de pied ferme" les huissiers de Monsanto & Cie en sa ferme du Larzac : "S'ils veulent saisir mes chèvres, il faudra d'abord qu'ils parviennent à entrer chez moi." Lors d'une précédente procédure, la gendarmerie avait dû pénétrer par hélicoptère pour contourner le bouclier humain. Cette fois, Bové suggère qu'on envoie le Clemenceau. Leur avocat, Me Roux, promet une "guérilla judiciaire" pour échapper aux saisies. "On sait les mener", dit-il, en souvenir d'anciens combats au Larzac, des fermes saisies par l'armée changeant successivement de propriétaire en cours de procédure.

Des faucheurs d'OGM ­ parfois les mêmes ­ viennent pourtant bénéficier de deux relaxes prononcées en première instance par les TGI d'Orléans et de Versailles, pour des faits strictement identiques (lire ci-contre). Gilles Lemaire ironise sur cette loterie judiciaire : "J'ai participé à l'opération sanctionnée par la cour de Riom car j'étais alors en vacances au Larzac et des paysans locaux m'ont entraîné. Si j'étais resté à Paris, j'aurais participé au même moment à l'opération pour laquelle le tribunal de Versailles a relaxé tout le monde." Noël Mamère, député vert également condamné, en profite pour affirmer que "les délinquants sont les semeurs, avec le gouvernement comme complice". Il s'en prend à la future loi OGM, débattue en mars au Parlement, qui va durcir les sanctions contre les faucheurs : cinq ans de prison avec sursis, ferme en cas de récidive. Bové en rajoute : "On a affaire à une mafia avec un gouvernement à sa solde. Ils attaquent par tous les bouts ceux qui empêchent leur business".

Instrument...

L'entreprise Biogema vient ainsi de déposer une plainte pénale à Riom (Puy-de-Dôme) contre l'ensemble des faucheurs pour "association de malfaiteurs". Une application de la loi Perben 2, présentée à l'origine comme un nouvel instrument de lutte contre les mafias de banlieue, qui permet de larges écoutes téléphoniques. Au tribunal administratif, Biogema réclame également 25 millions d'euros de dommages et intérêts à l'Etat français pour avoir trop longtemps tardé à sanctionner les anti-OGM. A entendre ces derniers, 2006 sera l'année de vérité, car "les firmes veulent passer en force et casser le mouvement des faucheurs". D'un côté, l'Union européenne menace de condamner la France si elle ne traduit pas d'ici à l'été en termes législatifs sa directive sur les tests en plein air ; de l'autre, la Cour de cassation devra statuer d'ici à la fin de l'année sur les jugements contradictoires concernant les faucheurs.

Une course de vitesse est engagée : le mois dernier, Monsanto a fait saisir les comptes bancaires de la Confédération paysanne ; en retour, le syndicat de José Bové lui promet de "nouvelles formes d'actions".

Commentaire de Jean-Pierre Petit:

La solution ne consiste pas à transformer la ferme de José Bové en camp retranché, de dresser des barrages humains face à des Crs casqués. Elle ne consiste pas à transformer le minuscule appartement de Lemaire en fort Chabrol. La solution est de créer très rapidement un comité de soutien, de réunir ces 300.000 euros et des les balancer à la tête du pouvoir, de la justice ou des élus en faisant la la démonstration du pouvoir de la solidarité, qui est bien plus puissant que celui des matraques. Ca n'est pas moi qui le ferai, c'est vous. Ca n'est rien d'autres que la technique non-violente de Gandhi. J'aurais même une suggestion. Lâcher cet argent, en petites coupures, en plein hémicycle, sur les têtes des chers députés qui votent des lois qui permettent de telles exactions, un tel banditisme agricole, en leur demandant le service de porter tout cela au greffe.

Vous rappelez vous quand Gandhi avait demandé à ses compatriotes de faire un immense tas des vêtement que les Anglais, après leur avoir acheté leur laine à bas prix, leur fabriquaient dans leurs usines d'Angleterre, pour leur revendre avec un solide bénéfice. Les Indiens arrivaient en silence, enlevaient leurs vêtement occidentaux, les remplaçaient par des tenues locales. Devant les policiers anglais médusés le tas de pulls Shetland, de costumes de tweed, montait, montait...

J'imagine un happening du même genre où des gens déposeraient par exemple devant la maison de la radio et de la télévision des téléviseurs et des radios, comme ça, en tas. Des milliers de postes...

Libération, Jean-Pierre Petit