Je vous raconte la courte histoire d'un père qui offre à son enfant, d'une dizaine d'années, un instrument de musique. L'enfant est doué, passionné pour cet art, et le cadeau lui fait un immense plaisir. Il commence tout de suite à s'exercer. Il s'y applique pendant des heures, répétant une fois et une autre la même phrase musicale, jusqu'à ce qu'il soit satisfait de son exécution.

Mais il y a un problème. Ils habitent un de ces grands immeubles d'appartements où les murs et surtout les cloisons ne sont pas épais. Or, dans l'appartement à côté il y a un bébé et sa chambre est mitoyenne avec celle de notre musicien. Et la musique empêche le bébé de dormir.

Savoir comment ils ont résolu la difficulté n'est pas vraiment notre but. Mais, pour ne pas laisser la question en suspens, je dirai que probablement ils en ont discuté entre parents, et qu'il a été convenu que le jeune musicien ferait ses exercices dans une autre pièce, située à l'opposé de la chambre de bébé. Ou quelque chose de ce genre.

A quoi rime tout cela ? pensez-vous. A la liberté et l'usage de la liberté, à ses limites.

La liberté est un merveilleux cadeau de votre Père. Vous avez été créés libres et, au fond de vous, vous le savez tous, y compris ceux qui, plus faibles, se laissent dominer par d'autres êtres. S'ils n'osent pas changer cet état de choses, se croyant trop démunis, désarmés face à telle ou telle tyrannie, ils ressentent profondément l'injustice de la situation. Et un jour ou l'autre, ils en ont assez et ils se soulèvent, avec toute la violence des sentiments trop longtemps réprimés.

Donc, de tout ceci nous pouvons conclure que les limites de la liberté, pour chaque individu, se situent là où commence la liberté de l'autre, quel que ce soit cet autre. Le jeune musicien est libre de s'exercer à jouer tant qu'il n'empiète pas sur la liberté du bébé de dormir tout le temps dont il a besoin pour son intégration graduelle dans cette dimension où il vient d'arriver.

Le deuxième aspect, par ordre d'importance, concerne la responsabilité. Plus vous êtes libre, plus vous devenez responsable.

Un jeune adolescent de 13/14 ans définissait ainsi la liberté : « C'est faire ce que je veux, où je veux, quand je veux. »

Ne riez pas. Il y a encore plein de gens, dans toutes les couches sociales et, ce qui est plus grave, de tous les âges, qui expriment la liberté en ces termes, de cette façon simpliste et irresponsable. Et quand ils n'emploient pas ces mots, ils les mettent quand même en pratique. Non seulement ils négligent la liberté des autres, mais ils balayent aussi, d'un geste de la main, toutes les conséquences qu'un tel exercice de la liberté peut avoir sur eux-mêmes.

Oui, ne l'oubliez pas, pour votre bien et celui des autres : la liberté entraîne toujours son équivalent de responsabilité.

J'aimerais, si vous le voulez bien, que vous réfléchissiez sur ceci. La pleine conscience de ces vérités basiques éviterait bien des drames, que ce soit entre nations, entre factions dans un même pays ou entre individus qui n'auraient pas le bon sens et l'esprit civique du papa de notre musicien.

Ceci m'amène naturellement à parler d'un autre élément de la trilogie qui préside à l'idéal de la république française : l'égalité.

L'égalité n'existe pas vraiment. Désolé de devoir vous l'annoncer, mais vous l'aviez probablement déjà découvert par vous-mêmes.

Il y a des égalités qui peuvent être exercées, qui sont souhaitables, plus encore, indispensables dans une société évoluée, telles que l'égalité des chances. Que personne ne soit exclu du droit à l'instruction, au travail, aux divers aspects de la vie de la communauté en raison de sa race, de la couleur de sa peau, de ses croyances religieuses (à condition que lui ou elle respecte celles des autres) ; bref, en raison de ses différences.

Ceci bien compris, il faut cependant reconnaître que : Aucun être humain n'est égal à un autre.

Vous êtes tous solidaires, vous êtes des cellules d'un même corps. Là se termine l'égalité. Car vous êtes, tous et chacun de vous, (je peux même dire : « nous sommes ») uniques, comme les pièces d'un énorme puzzle. Elles sont toutes différentes, chaque pièce ayant sa place dans l'ensemble. Et s'il en manque une seule, le puzzle ne peut être complet.

Oui, chers enfants, chaque Etre a une unicité et une spécificité qui le rendent précieux pour ce grand ensemble appelé l'Univers. Cela, c'est l'égalité d'importance, malgré le rôle prépondérant ou effacé que chacun joue.

N'oubliez pas que celui qui aujourd'hui a un tout petit rôle peut demain devenir la vedette. Aimez-le, respectez-le, au nom de toutes ses potentialités, au nom de l'Etre Divin qui l'habite et qui se réveillera un de ces jours pour le transformer (non, plutôt pour le révéler) comme ce qu'il est, ce qu'il a toujours été, sous ses déguisements de petit humain.

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par Emmanuel G.