Il faut bien examiner les choses avant de porter notre jugement sur le compte du prochain Crainte de nous tromper. Car, ordinairement, et presque toujours, après avoir bien examiné, l'on reconnait que ce que l'on a dit du prochain est faux. J'ai vu des personnes qui jugeaient mal les intentions de leur prochain, que je savais très bien être bonnes. J'avais beau leur faire apercevoir qu'elles se trompaient, cela ne faisait rien, elles n'en voulaient point démordre. Que de jugements téméraires, si nous prenions toutes ces précautions avant de juger la conduite et les actions de notre prochain ! Que de fois nous faisons comme un juge qui condamne à mort une Personne d'après le simple rapport de quelques étourdis, sans vouloir lui donner le temps de se justifier. Mais sur quoi sont fondés tous ces jugements et ces sentences ? Hélas sur de faible apparences, et, le plus souvent, sur un on dit.

Un solitaire disait un jour à Saint Pacôme :

"Mon père, comment peut-on s'empêcher de parler mal du prochain ?"

Saint Pacôme lui répondit :

"Il faut toujours avoir devant les yeux le portrait de notre prochain et le nôtre et ses défauts, alors nous sommes sûrs de bien estimer celui de notre prochain et de n'en parler jamais en mal ; nous l'aimerons au moins comme nous-même, le voyant beaucoup plus parfait que nous."

La médisance est un poison que l'on tâche de faire passer dans le coeur de son voisin sur le compte du prochain. La langue du médisant est comme un ver qui pique les bons fruits, c'est-à-dire les meilleures actions du monde, et tâche de les tourner en mauvaise part. ; c'est comme une chenille qui salit les plus belles fleurs, en y laissant la trace dégoûtante de son écume.

La médisance renferme le poison de tous les vices : La petitesse de la vanité, Le venin de la jalousie, L'aigreur de la colère, Le fiel de la haine Et la légèreté si indigne d'un bon citoyen.

Il y en a qui médisent par envie, d'autres par vengeance, plusieurs par orgueil et bien sur par jalousie ; Mais la plupart médisent par légèreté, par une certaine démangeaison de parler, sans examiner si c'est vrai ou non. ; quoi que l'on fasse, quoi que l'on dise, ne nous mêlons de rien. Je crois que le meilleur moyen, c'est de ne rien dire et de ne porter aucun jugement...

rose Ducaire

par joss