Danser toute seule, ça m'allait bien jusqu'au jour où je ne sais par quel miracle, j'ai eu envie de danser à deux.

Et là, les ennuis ont commencé. C'était :

Me voilà, le corps chavirant en rythme dans les formes et dans le fond, seule sur la piste de danse. Le monde est vaste. Le choix est grand.

Je suis jolie ! Quelle chance !

Ca se bouscule au portillon.

Que de monde masculin veut danser avec moi. Je suis ravie, engourdie. Et je danse et danse. C'est merveilleux.

Encore et en corps mais les heures passent et je commence à me sentir fatiguer.

Je vais m'asseoir. Je n'ai plus envie de danser. J'ai maintenant envie de parler avec mes danseurs.

Me voilà, la langue chavirant en rythme dans les formes et dans le fond, seule en conversation. Il y a tant de choses à dire. Mes sujets sont vastes.

Je suis intelligente ! Quelle malchance !

Ca ne se bouscule pas au portillon.

Peu de monde masculin veut parler avec moi. Je suis étonnée, déçue.

Non seulement les hommes ne sont pas de bons danseurs, ils vous marchent sur les pieds mais ils ne sont pas non plus de bons causeurs, ils n'ont pas grand-chose à échanger si ce n'est leur point de vue seulement à donner.

Alors je me lève comme tant de femmes. Je n'ai plus envie de danser, ni de parler avec mes danseurs et mes beaux parleurs.

Et je rêve, d'un monde en mode avancé où lorsque toi homme tu t'éloigneras de moi en colère parce que la parole n'est plus le propre de monsieur, ton corps n'aura plus l'air de te suivre à regret.

Car c'est bien cela qu'il est question pour toi. De corps, seulement de corps.

Quelle terribles conséquences pour une femme d'avoir l'audace de l'esprit, n'évitant plus tout ce qui est susceptible d'être contourner, telle que la loi de monsieur.

Soit belle et tais toi n'est plus de mise aujourd'hui et entraîne une réaction en chaîne qui suscite tant d'incompréhension dans la relation entre elle et lui, que l'on se demande si elle ne va pas un jour devenir lui.

Et oui, car les danseurs d'aujourd'hui sont les mêmes qu'hier. Ils vous marchent toujours sur les pieds et ne veulent pas faire l'effort d'apprendre à danser avec vous.

Messieurs, apprenez que je ne suis pas seulement jolie mais douée d'une certaine intelligence.

Je suis aussi capable de mener la danse et peut-être que ce qui vous dérange le plus, c'est que je sais sans doute danser mieux que vous et que j'aimerais vous apprendre à le faire.

Mesdames, je m'adresse à vous. Peu de choses ont évolué pour la femme, bien que ce soient ce qu'on voudrait nous faire croire.

Si vous pensez avoir gagné le droit de la parole c'est pour mieux vous taire. Etre jolies, c'est bien, être connes, c'est un atout de plus.

J'aimerais que vous ne perdiez pas espoir. Un jour viendra où notre façon même de nous défendre en voulant ressembler aux hommes se confondra dans un mouvement où ce dernier voudra ressembler à une femme.

De cet état où l'équilibre fera de la femme, un être à part entier et l'homme, un être capable d'accepter cet état.

En attendant, mesdames. De votre intelligence, à couvert sous d'autres temps, votre beauté au service immédiat de ces messieurs.

Car n'en doutez pas, vous ne ferez le poids que si vous êtes belles et légères.

Mais je vous en supplie. Ne devenez pas lui, nous sommes si jolies en elle qu'il finira bien par partager son lui avec NOUS !

par yaya