Dans certaines sociétés, la fidélité à un seul conjoint est l’une des principales valeurs. Dans d’autres, c’est la polygamie qui prédomine. La plupart condamnent l’adultère. Dans tous les cas, la fidélité est-elle un comportement naturel ?

Nos amis les bêtes…

Dans le règne animal, généralement, la pratique de l’amour libre l’emporte. Les mâles et les femelles de nombreuses espèces multiplient les “partenaires”. Cela est souvent le passage obligé pour augmenter les chances de reproduction et la survie de l’espèce.

Cependant, on peut observer, chez certains animaux, de petites disparités. Les couples de loups font ainsi preuve d’une fidélité absolue et s’accouplent pour la vie. Chez les manchots empereurs, la monogamie est la règle d'or. Les mâles sont même des pères trois étoiles, qui couvent les oeufs et alimentent les petits. Le champion de la fidélité est le castor. A tel point que si le mâle est stérile, sa compagne ne procréera jamais.

Selon Jared Diamond, auteur du livre le “Troisième Chimpanzé” et spécialiste de la biologie de l’évolution, l’organisation de type “un mâle entouré de plusieurs femelles” est également courante dans la nature. “On retrouve ce type de schéma chez les gorilles, avec un harem et un mâle dominant. La fidélité y est entière puisque que le mâle est seul” précise-t-il.

Des bases biologiques de la fidélité chez l’homme… Selon Gérard Leleu1 il existe, chez l’homme, des bases biologiques de la fidélité, entre autres liées à “l’instinct d’attachement” dans l’enfance. Celles-ci seraient à rapprocher du besoin d’être relié l’un à l’autre, et à “la pulsion d’agrippement”. Quant à l’adulte, il montre un besoin irrésistible de contacts, au niveau de la peau, au niveau affectif, au niveau sexuel. Au niveau psychique et spirituel, Gérard Leleu précise que le “besoin de sécurité et d’accomplissement [aboutit au] rêve d’un grand amour, l’amour qui peut conduire à la spiritualité et la spiritualité qui inspire la fidélité”.

Aussi une question historique et sociale

Traditionnellement, être fidèle, c’est n’avoir qu’un seul partenaire dans les domaines affectif, sexuel et psychique. Lorsque le mariage était fondé sur d’autres finalités que l’amour (organisation de la société, transmission du patrimoine), la femme devait faire preuve d’une fidélité absolue sous peine d’être châtiée, bannie, jetée en prison ou même trucidée…

Depuis la loi de 1975, les époux adultères sont égaux devant la loi. Avant cette date, l’infidélité féminine était un délit en toute circonstance alors que celle de l’homme ne l’était qu’au domicile conjugal. Dans le divorce, l’adultère, désormais, n’apparaît plus que comme un grief parmi tant d’autres et non plus une cause “péremptoire”.

La fidélité évolue donc en même temps que la société. Les femmes, par leur combat, par l’accession à la contraception et au monde du travail, ont acquis une nouvelle liberté de mener leur existence sentimentale et sexuelle. La fidélité semble même changer de camp. De plus, l’infidélité féminine n’est plus un sujet tabou. Littérature érotique et presse féminine, films de “femmes” marquent une certaine réappropriation de la sexualité par les femmes.

Fidélité sexuelle et fidélité morale

La durée de vie s’allonge, la levée des contraintes morales (religieuses et civiles) éloignent les menaces qui pesaient sur l’adultère. Il n’y a plus de contrainte à être fidèle si ce n’est le sentiment d’amour et le désir pour l’autre. Maintenant que la vie conjugale repose avant tout sur les sentiments, l’union est moins stable mais semble appeler plus de fidélité. En tout cas, une fidélité choisie.

Pourtant, on observe une augmentation des personnes vivant une double ou parfois triple vie sentimentale2, due au besoin de changement et à la volonté de concilier la stabilité du mariage avec le piment de la vie extraconjugale.

La fidélité, comportement inné ou acquis ?

S’il semble donc que la fidélité est en perte de vitesse, ce comportement ne semble pas près de disparaître. Pour 70 % des femmes, la définition du bonheur, c’est d’avoir un mari fidèle…

Isabelle Martin


Peut-on aimer en toute infidélité ?

Libération sexuelle, évolution des moeurs… Aujourd’hui, quelle est la place de la fidélité dans la société ? Peut-être avez-vous déjà connu la tentation, ou succombé ? Mais peut-on aimer plusieurs personnes en même temps ? En cas d’incartade, faut-il en parler à son conjoint ? Un dossier pour comprendre cette envie d’aller voir ailleurs…

La fidélité, culturelle ou naturelle ?

La fidélité semble être une valeur de nombreuses sociétés occidentales. Mais l’homme est-il fondamentalement monogame ? Comment se conjugue l’amour, en d’autres temps ou sous d’autres cieux ? Sommes nous programmés pour vivre à deux ? Découvrez les lois de la nature en matière de sentiments…

L’infidélité au 21e siècle

Aujourd’hui, le couple a profondément évolué. Les fameux liens "sacrés" du mariage n’ont plus la cote, et l’union libre a fleuri. Qu’en est-il de la fidélité ? D’autant qu’avec le téléphone portable, Internet et tous les nouveaux moyens de communication, avoir une aventure est devenu simple comme un coup de fil. La fidélité est-elle amenée à disparaître ?

Eloge des amours plurielles

Qui a dit que l’on était heureux si l’on n’avait qu’un seul amour ? Car de nombreux hommes et femmes revendiquent le droit à des amours "plurielles". Et il semble que cela fonctionne. A l’heure ou les mariages sont en baisse, et les divorces en hausse, faut-il réinventer le couple, basé sur une nouvelle liberté sentimentale ? Epiphénomène ou révolution des relations sentimentales ?

Succomber à la tentation…

Jeune couple ou marié depuis des années, vous vous sentez irrémédiablement attiré par un(e) étranger(e). D’où vient cette soudaine envie d’aller voir ailleurs ? Comment gérer la tentation sans remettre en cause votre couple ? Devez-vous succomber aux charmes de l’inconnu ? Si vous avez "dérapé", devez-vous avouer votre incartade ? Petit guide pour savoir où vous mettez les pieds et éviter les faux pas.

L’infidélité hors les lois

Selon les différentes cultures, lois ou religions, la notion de fidélité et surtout la répression de l’adultère varient complètement. Que risquait-on à être infidèle dans l’Egypte ancienne ? Et dans la Rome antique ? Aujourd’hui, sommes-nous égaux dans l’infidélité, quels que soient la culture, la religion ou le sexe ?

L’acceptation de la fidélité a beaucoup varié selon les époques. Même si aujourd’hui, dans les sociétés occidentales, elle semble bien acceptée, il n’en est pas de même partout, selon la culture, la société ou le sexe.

Les traditions antiques

Dans l’Egypte ancienne, les femmes infidèles étaient punies de mort par noyade, mais pouvaient être graciées par leur mari ; celui-ci avait même le droit de tuer l’amant. Selon les lois assyriennes, le mari avait le choix : tuer immédiatement les coupables, demander à un juge leur mutilation, ou encore pardonner. Les Hébreux punissaient la femme adultère, seule ou avec son amant, par lapidation. Chez les Grecs, dans certaines cités, le mari pouvait tuer les coupables ou demander une compensation financière.

A Athènes, le mari n’était pas tenu au devoir de fidélité ; seule la femme était réprimée. Elle n’encourait pas la mort, mais risquait d’être répudiée par son mari et mise au ban de la société. A Rome, la punition dépendait du mari ; la femme pouvait être mise à mort.

La fidélité dans la morale judéo-chrétienne Parmi les Dix Commandements reçus par Moïse, le sixième stipule : “Tu ne commettras pas l’adultère.” Avec le christianisme, le discours se précise ; Jésus dit : “Celui qui convoite une femme seulement du regard, a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur". Notons que selon cette morale, l’adultère du mari devient aussi répréhensible que celui de la femme, ce qui, dans les faits, n’était pas souvent le cas.

La fidélité à la française

Dans l’ancien droit français, l’épouse adultère était soumise au fouet puis enfermée dans un couvent. Son “complice” subissait, lui aussi, le fouet, et encourait le bannissement, les galères, voire la mort. Par contre, le mari adultère n’était pas réprimé pénalement ! Le code napoléonien conserve l’inégalité des sexes, mais cette fois, le mari risque une amende, tandis que la femme et son “complice” encourent la prison.

De nos jours, le maire annonce aux couples qu’il unit : “Les époux se doivent fidélité.” Car, selon l’article 212 de notre Code Civil, l'adultère est une faute. Le constat d’adultère est l’un des éléments qui autorise un divorce aux dépens du coupable d’infidélité. L’adultère est reconnu par la loi s’il y a union sexuelle, mais la jurisprudence assimile l’intention à l’acte !

Cela étant, avec l’évolution des moeurs, la morale française s’est beaucoup assouplie : ainsi, lorsque les Français ont appris l’existence de Mazarine, fille adultérine de François Mitterrand, alors président en exercice, ils ont souri. Aux Etats-Unis, au contraire, les pratiques sexuelles du président Clinton, hors mariage, ont failli lui coûter sa place !

La polygamie

A Singapour, en 1985, le Premier ministre encourageait la polygamie, afin d’augmenter le nombre de naissances. Dans certains pays d’Afrique, la polygamie est à la fois un signe extérieur de richesse, et le symbole de la puissance sexuelle. En matière de mariage, l’Islam permet à l’homme d’avoir jusqu’à quatre épouses, les concubines étant licites sans clause de nombre. Mais, comme dans les sociétés judéo-chrétiennes, les sociétés musulmanes sont très rigoureuses face à l’infidélité conjugale de la femme !

L’infidélité face à l’intégrisme religieux Dans le film "Yol", le cinéaste turc Yilmaz Güney raconte la répudiation d’une épouse infidèle par son mari, qui l’abandonne dans la montagne, sous la neige. En Iran, sous la domination de Khomeyni, les coupables d’adultère étaient punis de lapidation. En Afghanistan, depuis la prise de pouvoir par les Talibans, tout dévoilement public d’une partie de son corps par la femme est assimilé à de l’infidélité et puni de mort…

Marianne Chouchan


Amour, culture et infidélité

A l’heure où le mariage est en perte de vitesse et le sexe envahit les médias, quelle place a la fidélité au sein de notre société ? Jean-Marie Sztalryd, psychologue, directeur du diplôme inter-universitaire de sexologie à la faculté de médecine de Bobigny (Paris XIII), nous parle de l’évolution du couple aujourd’hui et de l’influence de notre culture.

Doctissimo : Peut-on définir la fidélité ?

Jean-Marie Sztalryd : On ne peut définir de manière générale la fidélité. La représentation qu’ont les gens de cette notion est différente selon leur histoire psychique. De plus, elle varie en fonction de la culture. On trouve ainsi toutes sortes d’expressions de la fidélité et de l’infidélité, qui ne sont pas pour autant articulées à la même morale. Dans notre culture judéo-chrétienne, il existe une alliance marquée entre la question de l’amour et les valeurs religieuses, considérant ainsi l’union entre deux individus comme sacrée. C’est cette notion qui est à l’origine du sentiment de culpabilité engendré par l’infidélité. C’est pourquoi, lorsqu’il y a infidélité, celle-ci s’organise le plus souvent dans un cadre sécurisant. Ainsi, de nombreux hommes s’installent dans un clivage traditionnel, de type une femme d’un côté et une maîtresse régulière de l’autre.

Dotissimo : Quel est le lien entre le sentiment amoureux et la notion de fidélité ?

Jean-Marie Sztalryd : La notion de sentiment amoureux à la base de l’union a une assise culturelle récente. Ce n’est que depuis le début du siècle que l’amour entre les deux partenaires est devenu l’un des critères de constitution du couple, un des éléments fondateurs. Avant, les critères étaient essentiellement économiques. Cela entraîne aujourd’hui une quête effrénée de l’amour. Cette recherche peut parfois être à l’origine de l’infidélité.

Cette recherche de l’amour est souvent prise dans un schéma oedipien. Les liens amoureux à la mère puis au père sont à l’origine du choix ultérieur du partenaire. L’homme ou la femme va notamment quérir, inconsciemment, un compagnon ou une compagne qui possède un ou plusieurs traits en rapport avec l’image de la mère ou du père. Mais cela les place dans le risque imaginaire d’une relation incestueuse. Pour se mettre à distance de ce risque, il ou elle cherchera ailleurs quelqu’un sur qui reporter la fonction érotique. Pour l’homme, cela correspond à la mise en place d’un clivage entre la “ maman (sa compagne) et la putain (sa maîtresse) ”. Pour la femme, cela peut aussi passer par un clivage équivalent père/amant. Mais celle-ci peut également séparer de manière consciente la fonction maternelle et le plaisir : se sachant jouer le rôle de la mère pour son partenaire, elle choisit d’être femme dans le plaisir érotique avec un amant.

Doctissimo : Les évolutions récentes de la société ont-elles eu une influence sur la relation amoureuse ?

Jean-Marie Sztalryd : Les phénomènes de libération des moeurs ou la pilule ont permis une valorisation d’un amour ne nécessitant pas de mariage pour exister. Néanmoins, il y a une évolution des institutions qui va à l’encontre de cet amour “ libre ”. Ainsi, un contrat tel que le PACS ressemble-t-il, malgré l’avancée sociale qu’il représente, à un retour aux anciennes traditions morales. Il renforce le schéma classique du couple : ce contrat garantit principalement des valeurs telles que les droits de successions, etc. A l’instar du mariage, le PACS est donc avant tout une alliance visant à la stabilité sociale et à la croyance en la structure familiale.

Doctissimo : La disparition apparente des tabous et l’évocation de plus en plus importante de la sexualité dans les médias a-t-elle modifié la notion de fidélité ?

Jean-Marie Sztalryd : Notre culture possède comme base la famille. Elle pose le couple comme idéal social par lequel chacun doit passer. Cette notion est encore extrêmement présente. On peut avoir l’impression que la société, notamment au travers des médias ou du cinéma, autorise la libre sexualité. Mais finalement cela tient plus du “ charivari ” ou du carnaval : on autorise les choses hors limites pour mieux définir les limites et faciliter le retour de la morale. Ainsi, la plus grande évocation de la sexualité n’est pas forcément une évolution, puisqu’elle impose une jouissance conforme aux normes et une obligation de performance.

Dans tous les cas, il revient à chacun de se débrouiller avec son histoire personnelle et d’inventer les petits arrangements qui lui donnent du plaisir à vivre seul et avec les autres. Il s’agit de pouvoir vivre ses désirs dans le respect du consentement mutuel, sans se sentir brimé par la norme ou la morale.

Propos recueillis par Alain Sousa, le 30 octobre 2000


Qu’est-ce que l’infidélité aujourd’hui ?

Comment l’adultère est-il perçu dans notre société ? Les femmes sont-elles plus fidèles que les hommes ? Amour et infidélité sont-ils compatibles ? Le point sur la notion d’infidélité avec Pierre Desvaux, médecin andrologue et sexologue.

Doctissimo : Comment l’infidélité est-elle perçue aujourd’hui ?

Dr Desvaux : Dans nos sociétés occidentales, l’infidélité n’est plus condamnée aussi sévèrement qu’autrefois. Ainsi, ce n’est plus la première cause de divorce. De plus, le décalage de jugement entre infidélité masculine et féminine s’est considérablement atténué. Auparavant, l’infidélité féminine était jugée comme une faute grave. La femme portant les enfants, il était donc mal vu qu’elle prenne le risque d’un “ accident ” avec un autre homme que son conjoint. Il y avait une idée de “respect de la lignée”. Cette donnée a changé avec l’arrivée des moyens de contraception, même si la pilule et le préservatif n’ont pas fait augmenter l’infidélité féminine pour autant ! Néanmoins, de nombreuses cultures moins permissives punissent encore l’adultère féminin de la peine de mort.

Doctissimo : Les hommes et les femmes sont-ils différents face à l’infidélité ?

Dr Desvaux : Il existe une différence de comportement entre les hommes et les femmes. Selon les sondages, 8 à 10 % des femmes seraient infidèles aujourd’hui, contre 20 à 25 % des hommes. La situation évolue depuis environ un siècle. L’autonomie sexuelle dépend entre autres choses de l’autonomie financière. Autrefois, la plupart des femmes n’avaient pas leur autonomie financière. Lorsque leurs maris avaient une aventure, celles-ci n’étaient pas en position de dire quoi que ce soit. En revanche, elles ne pouvaient s’autoriser une escapade : elles dépendaient pour vivre des revenus de leur époux et ne pouvaient se permettre d’être rejetées. Avec la valorisation du travail aujourd’hui (et la dévalorisation du rôle de femme au foyer ?), les femmes exercent de plus en plus une activité professionnelle. Elles sont ainsi beaucoup plus libres et le monde professionnel est aussi une source de rencontres. Rappelez-vous, il y a 15 ans, l’apparition des “célibatantes”, qui font leur vie sans homme. En gagnant en autonomie, les femmes ont adopté un comportement “un peu plus masculin”.

Dans un autre registre, les hommes sont peut-être moins fidèles car ils semblent avoir plus de facilités à différencier sexualité et sentiments. Les femmes ont une notion de l’amour plus globale, elles ont bien souvent besoin d'aimer et d'être aimées pour faire l'amour. Maurice Maschino, dans son livre "Ils ne pensent donc qu’à ça ?" a d’ailleurs dit “Les hommes sont prêts à tout pour faire l’amour, y compris aimer. Les femmes sont prêtes à tout pour aimer, y compris faire l’amour”. Il suffit de regarder la prostitution. Si elle n’obéissait qu’a une logique économique, il devrait exister une prostitution masculine destinée aux femmes, hors celle-ci reste très marginale, car la demande est quasi nulle. Un certain nombre d'hommes est capable d'avoir des relations sexuelles sans aucun sentiment amoureux. Cette absence n’est pas uniquement liée à un phénomène culturel ou historique. Pour expliquer ce déséquilibre entre infidélité féminine et masculine, certains spécialistes soutiennent d’ailleurs la théorie du gène : l’homme aurait un besoin inné de disséminer son patrimoine génétique.

Doctissimo : Peut-on être à la fois amoureux et infidèle ?

Dr Desvaux : Lorsqu’on est amoureux, on n’éprouve pas le besoin d’aller voir ailleurs. On a simplement envie de retrouver l’être aimé. L’adultère découle forcément d’une obligation de rester ensemble. Si vous êtes amoureux de quelqu’un mais restez libre, vous quittez la personne lorsque vous n’éprouvez plus de sentiments vis à vis d'elle. Lorsque le désir n'est plus et qu'il existe une obligation de durée, à cause d’un contrat de mariage ou de la présence d’enfants par exemple, le couple peut s’installer, au bout d’un certain temps, dans une relation “désexualisée”. Ce type de couple peut d'ailleurs trouver d'autres centres d’intérêts que la sexualité pour rester ensemble. Néanmoins, assez souvent, cette situation débouche sur des conflits et le partenaire "désexualisé" est dévalorisé aux yeux de l'autre. Le passage à l'acte devient alors probable. C’est lorsque l’amour et le désir pour l'autre disparaît, mais que l’obligation de vivre ensemble est maintenue, qu’il peut y avoir infidélité.

Doctissimo : Vous voulez dire que le mariage entraîne forcément l’adultère ?

Dr Desvaux : Non, ce serait très excessif et assez décourageant. La grande difficulté à laquelle sont confrontés les couples c'est de faire durer, d'entretenir le désir. Cela demande une réelle volonté des deux. Néanmoins, quand le désir et l'intérêt sexuel se sont éteints, certains couples restent ensemble et continuent à s’apprécier. Parfois, le couple s’accorde un certain degré de liberté. J’ai ainsi connu des couples dans lesquels la femme n’était pas particulièrement intéressée par la sexualité. Son mari avait pris une maîtresse.

Elle suspectait bien la relation extraconjugale de son époux mais l'acceptait, voire se montrait complice en fermant les yeux, car cette situation lui convenait. Elle avait en quelque sorte délégué à une autre ce qu'elle considérait être une corvée. Lui n'en était que plus reconnaissant de cette "mansuétude", lui évitant l’invention de mensonges pour justifier une absence. Cela n’est pas aussi rare qu’on peut le croire.

Doctissimo : Comment les personnes trompées réagissent-elles ?

Dr Desvaux : Le plus souvent, la révélation de l'adultère est vécue comme un cataclysme, même des années après. Il existe alors une blessure narcissique (comment as-tu pu préférer quelqu'un d'autre ?) et un sentiment de perfidie (comment as-tu pu me mentir ainsi ?). Le problème est que l’adultère ne peut exister en dehors du mensonge : la personne doit cacher sa double vie. On l'imagine mal déclarer : "Ce soir je rentrerai plus tard car je dîne avec mon amant".

Les réactions face à cette situation sont très variables, allant d'une attitude constructive, l'un et l'autre acceptant de se remettre en cause face à "ce moment d'égarement". Parfois, au contraire, cela va cristalliser une certaine violence. La victime, sûre de son bon droit et s'estimant bafouée, n'aura de cesse que de faire payer "ce moment d'égarement" à l'autre, parfois des années durant.

Propos recueillis par Alain Sousa, le 30 octobre 2000


Amours plurielles

"Il n’est jamais trop tard pour aimer plusieurs hommes !" C’est ce qu’affirme Françoise Simpere dans le livre qui porte ce titre (éd. La Martinière et Pocket). Cette auteur à succès iconoclaste défend "l’amour pluriel". Mariée et mère de deux enfants, elle revendique ses autres amours comme faisant partie intégrante de sa vie. Elle ne condamne pas la monogamie, mais revendique le droit à d’autres modèles, centré sur la liberté et le respect de l’autre… et des autres.

Doctissimo : Vous parlez de fidélité plurielle, pouvez-vous nous en dire plus ?

Françoise Simpere : Pour moi, l’amour ce n’est pas posséder, c’est être attentif à l’autre, et désirer son bonheur avant tout. Je ne demande pas l’exclusivité. Il me semble naturel qu’un homme que j’aime soit heureux avec moi - heureusement - mais aussi avec d’autres. Selon moi, le couple se forme autour d’un projet, une famille par exemple, mais il ne peut pas combler tous les désirs et tous les intérêts d’une vie.

Les sociétés occidentales prônent un seul modèle, celui de la monogamie, alors qu’aujourd’hui un couple sur trois divorce ou se sépare. Et je ne parle pas des couples qui restent ensembles et qui s’ennuient l’un avec l’autre. Le moins que l’on puisse dire c’est que le modèle dominant ne convient pas à tout le monde. D’ailleurs, pourquoi serait-on plus heureux avec un seul partenaire dans sa vie, plutôt que plusieurs ? Personne n’est capable de donner une réponse à cette question toute simple.

On nous parle sans cesse de la biodiversité indispensable dans la nature, dans les ressources en énergie, de la capacité à changer de travail, et en amour seulement, on voudrait imposer la monoculture, qui dessèche et appauvrit les sols comme les sentiments ! La "biodiversité amoureuse", c’est quasiment écologique…

Doctissimo : Mais pensez-vous que l’on puisse trouver le bonheur dans la monogamie ?

Françoise Simpere : Tout à fait. Il y a des gens faits pour être heureux à deux toute leur vie. Celui qui a eu un coup de foudre pour quelqu’un, et qui a su construire une relation, et la faire évoluer au cours du temps, cela existe et c’est très bien. Mais c’est un modèle rare. Il y a beaucoup plus de divorces, et encore plus de personnes qui ont des amants ou des maîtresses en cachette. Ceux-ci sont plus attachés au mensonge et à l’hypocrisie, qu’à la fidélité. La devise "on peut tout faire, du moment que cela ne se sait pas" montre que ce n’est pas l’infidélité qui choque, mais la franchise.

On croit souvent être dans un modèle immuable, transmis par la société, mais il est possible de vivre autrement. D’ailleurs, je rencontre de plus en plus de personnes qui cherchent à concilier la solidité de la famille (là où on a des enfants) et l’envie d’amours plurielles. Attention, je ne dis pas que c’est le nouveau modèle, qui doit remplacer la monogamie ! Je crois qu’en matière de relations amoureuses, c’est à chacun de vivre de manière personnelle sa relation, selon le mode qui lui convient, qui peut d’ailleurs changer au fil des années. L’erreur, c’est de vouloir qu’il n’y ait qu’un seul modèle pour tous !

Doctissimo : Vous parlez d’"ami-amant". Pour vous, il n’y a aucune distinction entre amitié et amour ?

Françoise Simpere : Je ne mets pas d’étiquette sur les gens et les sentiments. Qu’est-ce que cela veut dire, amant ?.J’ai un ami depuis 25 ans, avec lequel j’ai du avoir cinq relations sexuelles. Est-ce que cela en fait un amant ? J’ai une intimité avec les hommes que j’aime, faite essentiellement d’amitié, un sentiment où l’on aime les gens pour ce qu’ils sont, et de désir lorsque cela arrive. C’est une amitié amoureuse, inconditionnelle, à mon sens l’amour le plus absolu. Cela fait des relations beaucoup plus riches et sans arrière-pensées.

Doctissimo : Mais comment cela se passe-t-il au quotidien ?

Françoise Simpere : Mon mari et moi avons toujours eu des relations amoureuses en dehors du couple, certaines depuis de nombreuses années. Lui est plus "couple", même avec ses compagnes. Moi, je suis plus "exploratrice": ce qui m’intéresse, c’est de découvrir des hommes et leur univers, dans des relations différentes avec chacun. Notre mode de vie se traduit surtout par plus de liberté et de respect de l’autre.

Par exemple, je suis partie en vacances 15 jours avec un ami de longue date, avec qui j’ai une relation tendre mais pas sexuelle, puis nous avons rejoint mon mari et les enfants. Cela se concevrait moins facilement dans un couple "classique". Récemment, on a demandé à ma fille ce qu’elle pensait des relations de ses parents. Elle a répondu que notre vie sentimentale nous appartenait, mais qu’en tant que parents, nous avions toujours été présents lorsqu’elle en avait besoin. Elle a ajouté qu’elle ne savait pas du tout quel genre de couple elle vivrait plus tard, que cela dépendrait des hommes qu’elle rencontrerait, et de sa propre évolution. Je l’ai trouvée très mature, elle a tout compris !

Doctissimo : Pourtant, vivre en couple, cela nécessite une certaine forme d’engagement non ?

Françoise Simpere : Il ne s’agit pas de nier l’engagement, surtout lorsqu’il y a des enfants, mais de conserver son autonomie. Par exemple, conserver chacun un territoire personnel, des jardins secrets. Cela peut passer par des amours plurielles, mais aussi des activités différentes, des amis à soi, des moments de solitude dont on a besoin, etc. L’engagement en amour, c’est avant tout être attentif à l’autre, présent dans les moments difficiles, et se réjouir de son bonheur..

Cette forme de vie sentimentale est-elle facile à vivre dans notre société ?

Françoise Simpere : Non, il est toujours difficile d’être hors norme, mais j’ai appris à me libérer du regard des autres. Le mode de relation que j’ai choisi semble tellement étrange aux gens, qu’ils cherchent une faille, un défaut. D’ailleurs, je ne recommande pas à tout le monde ce mode de vie. Il faut avoir les épaules solides, et posséder une sacrée dose d’humour. Il faut surtout être sûr qu’il correspond à ses vrais désirs, qu’on ne le fait pas pour être à la mode ou faire plaisir à l’autre.

Propos recueillis par Alain Sousa


La tentation de l’infidélité…

Auriez-vous résisté à l’épreuve dans l’émission "l’île de la tentation" ? Sans aller chercher des nymphes et des apollons à l’autre bout du monde, la fidélité est souvent mise à mal au quotidien. Fatalité ou crise passagère, comment négocier cette envie d’aller voir ailleurs sans mettre son couple en danger ?

L’amour, le désir, on connaît la chanson ! Quand on examine de près l’évolution de la notion d’infidélité à travers l’histoire, on s’aperçoit qu’au XIIe siècle, le mythe amoureux, celui de Tristan et Iseult, reposait déjà sur l’adultère. Plus près de nous, en 68, les enfants du baby boom se ruent sur le libertinage. En 2000, à une époque qui cultive le moi, l’individu se retrouve coincé entre amour de l’autre et amour de soi. Les images de l’amour sont tantôt folles et parlent de liberté, tantôt conjugales et éprises de durée. Quoi qu’il en soit, la notion d’infidélité renvoie aux liens sacrés du mariage, de l’amour unique, et il n’est pas si facile de s’en déprendre. Evolution des moeurs ou pas, quand ça nous arrive, c’est un moment toujours difficile à gérer.

Un message inconscient ?

Entre manque de communication dans le couple ou réassurance narcissique, les raisons qui poussent à être infidèle ne sont pas toujours celles qu’on énonce consciemment. "Elle survient le plus souvent au bout de quatre ans, explique Gonzague Masquelier, psychothérapeute. Bien sûr une certaine monotonie sexuelle rentre en compte". Mais au-delà, quand un partenaire investit un autre objet de désir, c’est aussi un message inconscient. Celui d’un manque, que ce soit d’amour, de créativité ou encore d’investissement dans la relation. Marie, enseignante, mariée depuis 7 ans, met en avant le désir de se revaloriser dans un regard neuf. Quant aux hommes, "eux sont pris symboliquement entre l’image de la madone et celle de la putain", ajoute le Dr Gérard Leleu. L’infidélité lui permet de séparer l’amour de l’érotisme.

Passage à l’acte…

Au-delà des codes comportementaux et des discours, ce que l’on met en jeu dans l’infidélité pose la question de soi et bien sûr des conséquences dans le couple. Pourquoi le faites-vous ? Pour blesser l’autre, ou vous rassurer ? "La plupart du temps, les conflits datent de l’enfance" affirme le Dr Gérard Leleu. L’enfant mal aimé et blessé qui est en nous, toujours insatisfait nous pousse à aller de bras en bras. Si l’on prend conscience de sa "programmation infantile", nos besoins d’être consolé ou de séduire aux quatre vents peuvent cesser. On ne ressent plus le besoin de multiplier les relations amoureuses. De plus, "en allant chercher ailleurs ce qui manque dans son couple, on prive celui-ci de soins qui vont le fortifier" précise Gonzague Masquelier. C’est une décision, qu’on ne prend donc pas à la légère.

Avouer ou non ?

La question de l’aveu est bien sûr délicate. Il n’existe pas de règle en la matière et c’est à vous de prendre la décision selon votre intime conviction… Vous pouvez lui part de votre incartade si c’est un véritable symptôme de malaise dans votre couple. "Ca ne va pas, d’ailleurs je t’ai trompé". Cela peut-être l’occasion d’ouvrir la discussion. Il arrive que ces péripéties renforcent le lien conjugal.

Pour le Dr Gérard Leleu, "le drame de l’infidélité serait d’accuser l’autre de ses propres souffrances". Se montrer mature, c’est prendre en charge la responsabilité des deux parties.

La tentation de l’infidélité…

En revanche, si c’est le besoin d’aventure qui vous a emmené voir ailleurs et même si l’amour est fort au sein du couple, vous pouvez envisager de ne pas en parler : c’est un moment d’individualité et il n’y a ni "cocu", ni tromperie si l‘amour n’a pas été renié. A vous d’agir selon ce que vous jugez le mieux pour votre couple.

Catherine Maillard


Que cache le démon de midi ?

Quand un quinquagénaire tombe amoureux de la baby-sitter, quand une mère craque pour le meilleur copain de son fils, est-ce une nouvelle vie qui s’annonce ou une banale "crise d’adolescence" ? Tous les hommes sont-ils obligatoirement victimes du démon de midi en entrant dans la force de l’âge ? Pourquoi oublie-t-on souvent de dire qu’il touche aussi les femmes ?

L’âge venant, beaucoup d’hommes et de femmes s’ennuient à la maison, et trouvent leur existence trop routinière : avec les enfants qui approchent de l’âge adulte leur vient la nostalgie d’une jeunesse enfuie. Finis les week-ends en amoureux, qu’ils improvisaient à la dernière minute ! Et les petits voyages dans des hôtels pas chers, où les lits grinçaient horriblement… Chaque soirée, prévue des semaines à l’avance, suit un rituel bien établi autour du repas et de quelques bonnes bouteilles ! Les rares tentatives de sorties improvisées sont souvent étouffées dans l’oeuf par un partenaire fatigué…

Crise d’identité

Le quinquagénaire ne manque pas de charme, pourtant, mais sa conjointe oublie de le lui montrer. Ou, fatiguée d’assumer à la fois les responsabilités familiales et professionnelles, elle a facilement le reproche à la bouche : les rapports du couple tournent au vinaigre ! A ce moment fragile, où l’homme regarde avec nostalgie vers sa jeunesse, tout en regrettant de ne plus être “dans le coup”, voilà qu’apparaît une créature de rêve. Alors qu’il se sentait rabaissé par l’insatisfaction de son épouse ou les jugements à la hache de ses enfants, une jeune femme le trouve fascinant !

Chez la femme, c’est son propre corps plus que son conjoint qui va la pousser dans les bras de la jeunesse. Les rides qui apparaissent lui amènent la peur de ne plus être désirable, notamment avec toutes ces femmes de moins de 25 ans portées aux nues par les médias. La recherche d’un jeune homme traduit alors une volonté de se rassurer, et de savoir qu’elle aussi peut encore plaire.

Un rajeunissement spectaculaire

Tandis que se confirme l’intérêt de sa nouvelle “conquête”, la victime du démon de midi jette un regard désabusé sur la vie étriquée qu’elle menait. Jonglant avec les horaires et les mensonges, elle voit sa jeune maîtresse ou son amant en cachette, lui téléphone de son domicile en catimini… Sa vie se pimente de risques et d’inattendus ! Il ou elle se cache de sa femme ou de son mari, retrouvant les sentiments d’adolescents qui se dissimulent de leurs parents ! Le (la) voilà prêt(e) à tout quitter et tout recommencer ailleurs. C’est comme si la jeunesse lui était rendue !

Amour ou illusions ?

Il arrive que l’homme ou la femme, malgré la différence d’âge, soit réellement amoureux du partenaire plus jeune et réciproquement. Mais, dans ce cas, la clandestinité de la relation ne procure aucun plaisir. La situation est souvent vite clarifiée.

Le plus souvent, pourtant, c’est son narcissisme qui est flatté… L’homme, en se prouvant sa virilité, se réconcilie avec lui-même. La femme, rassurée dans sa féminité accepte les changements de son corps. Ce n’est pas de quelqu’un en particulier qu’ils sont amoureux, mais de la jeunesse qui les met sur un piédestal. Que ce soit chez l’homme ou la femme, sa capacité à séduire lui a rendu le désir de vivre.

Malheureusement dès qu’elle est vécue au grand jour, la liaison est souvent décevante : le rythme de vie du jeune partenaire ne convient pas. Parmi les amis de sa conquête, l’homme ou la femme dans la force de l’âge se sent “vieux”, et ne retrouve avec eux aucune de ses valeurs.

Souvent, le ou la quinquagénaire regrette le confort affectif de sa précédente relation. Un jour, il confie à son ex son désappointement, et redécouvre avec étonnement leur communauté de pensée…

Marianne Chouchan


Infidélité : dire ou ne pas dire

L’infidélité est l’une des causes majeures de problèmes dans la relation du couple. Si l’aveu de l’acte peut entraîner diverses réactions, le non-dit instaure souvent un climat de suspicion. Alors, en cas d’incartade, faut-il en parler ?

Vous ne savez pas ce qui s’est passé… Mais voilà, vous avez été infidèle à votre partenaire. Et vous ne savez pas si vous devez lui avouer ! Selon certains magazines féminins, " il vaut mieux rester fidèle si on est incapable de tenir sa langue ". Alors en parler ou se taire ? Selon Gérard Decherf, Docteur en psychologie à Paris, les réactions dépendent de la personnalité. " Il existe trois sortes de niveaux d’évolution des individus " précise-t-il. Chaque personne réagit ainsi en fonction de son propre niveau d’évolution.

Personnalités « narcissiques » : ne rien dire

" Le premier niveau est le fonctionnement de type narcissique ", explique G. Decherf. Cette catégorie concerne l’individu qui, au fond de lui, n’a pas renoncé à son statut d’enfant. Il souhaite retrouver les bénéfices de la période infantile, caractérisée par un sentiment de toute puissance. Dans ce cas, la personne est centrée sur elle-même. Elle cherche à être rassurée notamment sur ses qualités corporelles et intellectuelles. Dans ce cas, l’infidélité n’est pas dirigée contre l’autre : elle permet en fait de renforcer l’estime de soi. Dans ce cas, parler au conjoint de son incartade risque de le faire souffrir inutilement. Il est préférable que le narcissique entame de lui-même un travail personnel, afin de reprendre confiance en lui.

Personnalités " génitales " : sincérité avant tout

A l’opposé du fonctionnement de type narcissique, on trouve des personnes qui ont un fonctionnement de type génital, " moins marqué par les restes d’enfance " souligne Gérard Decherf. Les couples génitaux dits " adultes " évoluent dans une véritable relation dans laquelle l’autre existe en tant que tel : il est reconnu dans ses besoins et dans son plaisir. Il est respecté. Dans ce couple, pour préserver une relation de qualité, on tient en général compte du partenaire. Et dès lors que l’on reconnaît l’autre dans sa totalité, ne pas avouer un acte d’infidélité paraît incongru.

La sincérité est ainsi très importante chez ceux qui ont un fonctionnement de type génital. Avouer une relation passagère ne met pas en péril la relation car l’autre est capable de supporter un tel aveu. Par contre, une infidélité plus importante doit être avouée avec ménagement.

Personnalités " narcissiques perverses " : tout dire pour faire souffrir

Le troisième type de personnalité est celui des individus avec un fonctionnement narcissique associé à un fonctionnement pervers. Dans ce cas, l’infidélité est liée au couple lui-même. C’est le conjoint qui est visé. Cela s’explique par la crainte de perdre l’autre. Pour essayer de retenir son partenaire, on use alors de procédé proche du chantage du type : " je pourrais facilement trouver quelqu’un qui me rendrait plus heureuse " ou " si tu veux me garder soumets-toi à mes exigences ". L’emprise caractérise la relation. Dans ce cas, l’infidélité n’est jamais passée sous silence, puisqu’elle apparaît, non comme une faiblesse ou un écart mais comme une arme pour tenir l’autre et, éventuellement, le faire souffrir.

Les trois personnalités évoquées ici induisent donc des réactions différentes. Dans tous les cas, l’important est de respecter son partenaire, ce qui passe souvent par la parole.

Carole Clément


Le vrai danger des aventures virtuelles

Plus de la moitié des personnes assimilerait les aventures amoureuses en ligne à des infidélités, même s'il n'y a pas de rencontre réelle. En pleine augmentation, ces relations virtuelles mettent-elles en péril la stabilité des couples ? Débat sur un phénomène tabou avec les sexologues Alain Héril et Mireille Bonierbale.

Fléau moderne pour les uns, exutoire à fantasmes pour les autres, les relations virtuelles ne sont plus exceptionnelles. Peuvent-elles mettre à rude épreuve la stabilité des couples ? Le point avec Doctissimo.

Pour éviter un bug dans la relation…

Dans le cadre du congrès annuel de la société britannique de psychologie, le Dr Monica Whitty présentait son étude portant sur 245 étudiants d'une université irlandaise*. Les résultats révèlent que 51 % des répondants estiment qu'une relation amoureuse développée sur internet sans rencontre réelle s'apparente à de l'infidélité. Tandis que 84 % jugent que le ou la partenaire se sentirait trahi(e) en apprenant l'existence d'une telle relation. Davantage de femmes sont susceptibles de croire qu'une relation en ligne est capable de nuire à une relation réelle. Par ailleurs, les participants n'y voyant aucune forme de trahison évoquent "une simple amitié" et refuse de parler d'infidélité "tant qu'il n'y a pas de relation sexuelle".

Spécialiste des relations en ligne, la psychologue estime que ses résultats "démontrent que les couples doivent clarifier les règles de l'infidélité en ligne. Une liaison émotionnelle, même sans relation sexuelle, peut être tout aussi dommageable pour une relation (…) Il est plus facile de se justifier face à une aventure en ligne, mais les conséquences - comme la perte de confiance ou la blessure - peuvent être aussi dommageables qu'une réelle aventure".

Sexe, mensonges et internet

Les écarts virtuels aussi néfastes que de réelles aventures extraconjugales… Telle est donc la conclusion du Dr Monica Whitty de l'université de Belfast… Après l'affaire Lewinsky, voilà qu'une autre Monica nous éclaire sur la notion d'infidélité hors de nos frontières.

Ce nouveau phénomène constitue-t-il pour autant une exception anglo-saxonne ? Pas vraiment selon le Dr Alain Héril psychothérapeute et sexologue, dont l'expérience clinique confirme les dommages de telles relations on line : "Certaines femmes vivent très mal cette situation au point d'envisager la fin du couple. Elles ne comprennent pas que leur conjoint puisse dialoguer intimement avec des inconnues et placent ces rapports au même niveau qu'une infidélité réelle. Très attachées à la relation elle-même, les femmes sont plus sensibles à de telles conduites qu'elles assimilent à une trahison. De leur côté, les hommes sont plus jaloux en cas de soupçon d'un passage à l'acte".

"La forme écrite des échanges favorise également l'introspection et l'expression de sentiments intimes. Et bien souvent la proximité virtuelle peut déboucher sur des relations paradoxalement fusionnelles. En cas de rencontre réelle, les déceptions sont souvent à la hauteur des espérances" précise le Dr Mireille Bonierbale, psychiatre sexologue au CHU Sainte-Marguerite de Marseille et directrice du diplôme inter universitaire de sexologie de l'Université de Marseille et Montpellier.

Usine à fantasmes ou bouée de sauvetage ?

En France, 800 000 internautes draguent sur le Web, selon une étude NetValue. Et parmi eux, les "écarts de conduite en ligne" seraient de plus en plus fréquents, même s'il est bien difficile de disposer de statistiques fiables. "Ces dialogues existaient déjà avec le Minitel mais c'est avec Internet que le phénomène a réellement explosé. Plus moderne, ce média bénéficie d'une bonne image au contraire de son ancêtre, oscillant entre interdit et pornographie" nous précise le Dr Alain Héril.

Ces butineurs virtuels cherchent-ils tous à combler un manque dans leur relation insatisfaisante ? Le Dr Mireille Bonierbale le pense : "En s'évadant de son couple par l'imaginaire, et non par une infidélité réelle, la personne cherche à combler un manque dans sa relation. En alliant les qualités de sa partenaire habituelle à celles de ses amies virtuelles, ce compromis psychologique permettra à certains hommes de paradoxalement trouver un certain équilibre. Ces relations virtuelles constituant alors autant de bouées de sauvetage".

Mais Alain Héril s'érige contre cette vision qu'il juge trop réductrice : "Sous la coupe d'une morale judéo-chrétienne, il apparaît encore difficile d'envisager une fantasmagorie en dehors du couple. C'est pourtant l'imagination qui alimente le désir. Et le virtuel peut être un formidable activateur de fantasmes bénéfique à chacun. Même au sein d'une relation pleinement satisfaisante, l'homme reste un être de fantasmes".

Accepter le dialogue et les jardins secrets Devant certains changements de votre partenaire, vous devenez suspicieux(se) quant à ses conversations on-line ? Que faire avant que la jalousie ne devienne trop étouffante ? "Il faut ouvrir le dialogue, sans attaquer l'autre et le placer de fait en position défensive - J'ai vu que tu faisais ça et j'en souffre. Je voudrais qu'on en parle - En un mot, il faut en discuter sans se disputer" précise le Dr Mireille Bonierbale.

Le Dr Monica Whitty suggère avant même de surfer vers des rivages interdits de définir quelques règles de conduite, qui sauront préserver la liberté de chacun et la vie de couple. "C'est une solution mais malgré ce préétabli, il serait surprenant de ne pas imaginer l'un des conjoints curieux de savoir ce que fait l'autre. Comme dans toute relation amoureuse, le plus difficile est d'accepter de vivre avec quelqu'un dont certains aspects personnels vous échappent. On ne possède pas complètement l'autre, et c'est en préservant chacun un petit jardin secret que le couple trouvera son équilibre" conclut le Dr Alain Héril.

Alors indicateur d'un malaise au sein du couple parmi d'autres ou simple exutoire à fantasmes ? Les règles d'or sont de ne pas blesser le conjoint par des jeux pervers ou morbides, ni de glisser vers des phénomènes d'addiction. "Le virtuel est un tel activateur de fantasmes que certains peuvent le préférer à la réalité, moins malléable aux désirs. Ainsi, il faut que l'imagination et les fantasmes se confrontent régulièrement à la réalité sous peine d'un glissement pathologique" déclare Alain Héril. Enfin, certains couples pourront tirer profit de ces dialogues en ligne. Effectués à deux, ils pourront agir comme excitants et stimulants sexuels. A vous donc de concilier au mieux vos relations réelles et virtuelles, pour que quelques petits clics ne se soldent pas par une grande claque…

David Bême

source: choix-realite.org

Publié par suite